Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais), reportage
Les opposants au canal Seine-Nord Europe ont rassemblé entre 3 000 et 4 000 personnes dans le village d’Oisy-le-Verger, le 11 juillet. Ce chantier, destiné à permettre le passage de péniches de grande taille, suscite une vive opposition en raison de son impact sur les milieux naturels et les zones humides.
Sous une chaleur accablante, un cortège festif a débuté à 14 h 30, accompagné d’une fanfare. La foule s’est ensuite divisée en deux cortèges. Le premier a suivi le tracé officiel, validé par la préfecture de police après des négociations intenses. Le second groupe a choisi de couper à travers champs en direction du chantier, atteignant une clôture destinée à protéger un futur chemin d’accès pour les engins de chantier.
Les participants ont démonté plusieurs centaines de mètres de fils barbelés et piquets de bois. Une porte-parole du collectif Mégacanal non merci a dénoncé ce geste comme un symbole du mépris des promoteurs du canal, qui, selon elle, perturbent les agriculteurs pour sécuriser un chantier encore éloigné.
Un dispositif de gendarmerie, incluant barrages filtrants et survol par drone et hélicoptères, a été mis en place autour de l’événement. Toutefois, aucune intervention policière n’a eu lieu lors du démontage de la clôture.
À 16 h 30, un face-à-face a eu lieu entre manifestants et gendarmes mobiles, à proximité du futur chantier d’écluse. Les tensions ont conduit à des échanges de projectiles et de gaz lacrymogènes, avant que la foule ne retourne vers le village.
Le canal Seine-Nord Europe, projet de 107 km, doit traverser l’Oise, la Somme, le Nord et le Pas-de-Calais. Il permettra la circulation de bateaux de grand gabarit entre le bassin de la Seine et le nord de la France. Avec une emprise de 3 010 hectares, 24 zones naturelles d’intérêt écologique seront affectées, et 74 millions de mètres cubes de terres déplacés. Ce projet inclut la construction de six écluses et d’un pont-canal de dimensions exceptionnelles.
Jean-Miche Sauvage, agriculteur bio et membre de la Confédération paysanne, a déclaré : « Nous avons de très bonnes terres ici, mais nous sommes en train de les détruire, à force de cultiver intensément. On nous parle d’exporter des pommes de terre en Chine, ça n’a aucun sens. »
Depuis le début des travaux préparatoires en 2022, un mouvement d’opposition s’est constitué, incluant des groupes comme le Comité de liaison pour des alternatives aux canaux interbassins, Les Soulèvements de la Terre, et Extinction Rebellion. Le 11 octobre 2025, près de 2 000 personnes avaient déjà manifesté dans l’Oise contre ce projet.
Source : Reporterre
