Les Gangs Élargissent Leur Emprise en Haïti : Une Situation Humanitaire Alarmante
À Port-au-Prince, les groupes armés infiltrent désormais les camps de déplacés, où des centaines de milliers de familles se sont réfugiées pour fuir les violences. Une mère témoigne qu’elle dort chaque nuit sur sa fille pour la protéger des viols. Dans un centre communautaire, les fenêtres ont été dépouillées de leurs vitres, par crainte que des enfants traumatisés ne s’automutilent. Dans le dernier grand hôpital public en activité de la capitale, des femmes ayant accouché dorment sur le sol avec leurs nouveau-nés.
Ce tableau a été dressé par des responsables humanitaires lors d’une conférence de presse au siège des Nations Unies à New York. Youri Saadallah, directeur des urgences de l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC), évoque une crise ayant franchi un seuil critique : « Ce que nous avons vu en Haïti nous a profondément bouleversés. La situation est inacceptable. »
Ce constat fait suite à la récente visite du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à Port-au-Prince, pour soutenir le déploiement de la nouvelle Force de répression des gangs (FRG). Cette force multinationale, approuvée par le Conseil de sécurité, vise à restaurer l’ordre dans un pays où les groupes armés dominent.
Les humanitaires estiment que 6,4 millions d’Haïtiens, soit plus de la moitié de la population, ont besoin d’aide d’urgence. À l’échelle nationale, un seul hôpital public sur dix fonctionne normalement. Selon Saadallah, « le message le plus fort est que les gens ne se sentent plus en sécurité et sont privés de leur dignité. Les violences sexuelles sont omniprésentes, devenant presque normales. »
La situation des enfants est tout aussi préoccupante : le recrutement de mineurs par les groupes armés a augmenté de 200 %, tandis que les violations graves contre eux ont progressé de 21 % en 2025 par rapport à l’année précédente.
La crise des déplacements atteint également des niveaux sans précédent, avec près de 1,5 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Les écoles ont été transformées en abris de fortune, où les familles vivent entassées, souvent sans intimité ni installations sanitaires. De plus, des centaines de personnes sont expulsées quotidiennement de la République dominicaine, souvent après avoir déjà fui la violence.
Les responsables humanitaires avertissent que, bien que le déploiement de la FRG soit une opportunité de rétablir la sécurité, il est crucial d’investir dans l’aide humanitaire et les services essentiels. « L’année 2026 offre une fenêtre d’opportunité décisive pour Haïti », conclut Saadallah, tout en soulignant le besoin urgent de financements pour élargir les actions humanitaires.
La bataille contre les gangs en Haïti ne se joue pas seulement dans les rues de Port-au-Prince, mais dépend aussi de la capacité de la communauté internationale à éviter un effondrement humanitaire qui pourrait mener à la désagrégation d’un État déjà affaibli.
Source : ONU, Norwegian Refugee Council
