Avignon 2026 : Gwenaël Morin explore la mort et la manipulation avec

Avignon 2026 : Gwenaël Morin explore la mort et la manipulation avec « Le deuil sied à Electre »

Peu jouée en France, portée par une distribution impressionnante, la pièce de théâtre d’Eugene O’Neill a trouvé son public.

Avignon suffoque sous la chaleur. Lors de la première de Le deuil sied à Electre, mardi 7 juillet, il fait encore 28 degrés à 22 heures sous les arbres du Jardin de la rue de Mons-Maison Jean Vilar. Les six comédiens, trois hommes et trois femmes, surgissent brusquement et entament une discussion enflammée. Le ton est donné : les sentiments sont exacerbés, à la limite de la rupture à tout instant. Une forme de folie s’empare des personnages.

Passionné par la figure d’Électre, Gwenaël Morin adapte l’œuvre du dramaturge américain Eugene O’Neill, qui transpose le mythe des Atrides aux États-Unis au sortir de la guerre de Sécession dans une famille aisée de la côte Est. Le deuil sied à Électre (Mourning Becomes Electra, 1931), inspirée de l’Orestie d’Eschyle, est composée de trois pièces : Homecoming (Le Retour), The Hunted (Traqués) et The Haunted (Hantés). Le metteur en scène se dit fasciné par les moments de crise et les scènes de conflit, qu’il trouve en abondance dans cette trilogie habitée par une tension permanente et des personnages torturés.

Dans la famille Mannon, les conflits sont latents. Lorsque Ezra, juge et général, revient de la guerre, la famille sombre dans la tragédie. Christine, sa femme, s’arrange pour l’assassiner afin de vivre au grand jour son amour adultérin avec Adam Brant, capitaine de bateau issu d’une branche reniée par la famille. Lavinia (Électre) souhaite venger son père au nom de la justice. Elle parvient à convaincre son frère Orin de tuer l’amant de leur mère. Ce dernier, après l’irréparable, s’interroge sur la nature de son acte : justice ou vengeance d’une femme aimée et délaissée.

Cette tragédie, traversée par de très rares moments d’humour, présente des crises paroxystiques. Le cycle infernal de la vengeance emporte les êtres et les âmes, et la culpabilité ronge les survivants. La frontière entre la haine et l’amour est des plus ténues. Qui manipule qui ? Les victimes d’hier seront-elles les bourreaux de demain ? Comment y mettre fin ?

Dans la cour du jardin, les six comédiens endossent plusieurs rôles, assurant des scènes très fortes. Par exemple, Grégoire Monsaingeon interprète à la fois Orin et Adam, l’assassin et la victime, déclenchant les rires de l’assistance. Moment de légèreté : après la seconde pause, les spectateurs sont invités à partager l’expérience théâtrale en investissant les lieux, certains s’asseyant même sur les chaises des acteurs, obligeant ces derniers à improviser.

Peu jouée en France, Le deuil sied à Électre, portée par une distribution inspirée, a rencontré son public qui lui a réservé une longue ovation à 1h30 du matin. La pièce dure 3h30, et non 2h30 comme annoncé. Dehors, même au cœur de la nuit, les températures restent élevées.

Source : Franceinfo

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