Pour retrouver la Coupe du monde, le football chinois doit sortir du carcan du “système sportif d’État”

Le football chinois face à un défi majeur pour la Coupe du monde

La question de la qualification de l’équipe masculine chinoise pour la Coupe du monde de football reste un sujet préoccupant pour les 228 millions de supporters du pays. Alors que l’équipe féminine a connu un certain succès, ayant participé à huit éditions du Mondial, la sélection masculine n’a pas été vue sur la scène mondiale depuis 2002, année où elle a perdu ses trois matchs lors du tournoi co-organisé par le Japon et la Corée du Sud.

Liu Jing, professeur à la Changjiang Business School de Pékin, analyse les raisons de cette stagnation. Il met en lumière les forces et les faiblesses du « système sportif d’État » chinois. Bien que la Chine ait brillé aux Jeux olympiques, notamment dans des disciplines où les performances peuvent être mesurées de manière objective, le football, selon lui, représente un défi différent. Contrairement à des sports comme la gymnastique ou l’athlétisme, le football exige des compétences ouvertes qui ne peuvent être standardisées ou répétées de manière uniforme.

Liu souligne également que les pays comme le Brésil et l’Argentine, qui possèdent un riche réservoir de talents footballistiques, encouragent les enfants à jouer dans divers contextes dès leur plus jeune âge. Cette capacité d’improvisation et d’adaptation, essentielle au football, est peu présente dans le « système sportif d’État » chinois.

Un autre obstacle majeur est le « terreau culturel » en Chine, où l’ascension sociale passe souvent par les études, limitant ainsi le temps que les jeunes peuvent consacrer au football. Pour devenir professionnel, un footballeur doit généralement commencer à s’entraîner sérieusement dès l’âge de 6 ou 7 ans, ce qui peut nuire à leurs performances scolaires. Liu compare cela à l’Argentine, où le football est intégré dans la vie quotidienne des enfants, un phénomène qu’il qualifie de « pratiquement inexistant » en Chine.

En 2023, la Chine comptait 148 700 terrains de football, soit environ 1,06 terrain pour 10 000 habitants. Cependant, Liu considère cette statistique comme révélatrice d’une « grave distorsion structurelle », car la majorité de ces terrains sont gérés par des établissements scolaires et restent inaccessibles au grand public.

Pour sortir de cette impasse, Liu appelle à la construction de terrains de football communaux accessibles à tous, en mettant l’accent sur les zones périurbaines et les quartiers défavorisés. Il affirme qu’une qualification pour la Coupe du monde dépendra de la capacité de la société chinoise à permettre à davantage d’enfants de choisir le football comme voie de vie, en dehors de leurs études.

Liu Jing conclut que la question dépasse celle de la politique sportive, touchant à des domaines tels que l’éducation, la mobilité sociale et l’aménagement urbain. Il prévient que le chemin vers une qualification pour la Coupe du monde sera « plus long que nous ne l’avions imaginé ».

Source : Financial Times.

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