« Ce que je demande, ce n’est pas du tout un privilège » : les « papas Dépakine » veulent être indemnisés comme les mères
Publié le 10 juillet 2026
Plusieurs dizaines d’hommes, surnommés les « papas Dépakine », ont lancé un appel au gouvernement pour être indemnisés, à l’instar des mères, après avoir pris de la Dépakine pour traiter leur épilepsie. Ces pères sont désormais parents d’enfants souffrant de malformations ou de troubles du neurodéveloppement.
En 2016, l’État a reconnu que les « mamans Dépakine » pouvaient obtenir une indemnisation de la part de l’ONIAM (Office national d’indemnisation des accidents médicaux). Ces femmes, qui ont pris ce médicament sans avoir été informées des risques par le laboratoire Sanofi, ont donné naissance à des enfants atteints d’autisme ou de handicaps lourds. Aujourd’hui, les pères se sentent exclus de ce dispositif d’indemnisation, malgré la reconnaissance scientifique du lien entre leur traitement et les handicaps de leurs enfants.
Jean-Marc Laurent, un des « papas Dépakine », souligne : « Ce que je demande n’est pas du tout un privilège, c’est une égalité de traitement dans le dispositif de l’ONIAM, comme pour les femmes. » Il évoque le même médicament, les mêmes conséquences familiales et un besoin similaire de reconnaissance et d’indemnisation.
Une étude réalisée en 2025 a confirmé que la prise de Dépakine par les pères pouvait également avoir des effets néfastes sur le développement de leurs enfants. Selon les estimations, plus de 500 enfants sont nés de « papas Dépakine ».
Saïda Zerouali, dont le père a pris de la Dépakine dans les années 80, a entrepris les démarches administratives pour obtenir une indemnisation pour son frère, lourdement handicapé. Elle insiste sur l’urgence de cette situation : « Aujourd’hui, mon frère est en chaise roulante. Nous devons rééquiper la maison, envisager un déménagement et une nouvelle voiture, et trouver une aide constante. »
Le fonds de l’ONIAM a déjà indemnisé un millier d’enfants victimes de mères ayant pris de la Dépakine, avec des compensations pouvant atteindre un million d’euros par enfant. Actuellement, seul l’État finance ce fonds, tandis que le laboratoire Sanofi n’a pas contribué.
Marine Martin, présidente de l’Apesac (association des victimes de la Dépakine), indique qu’elle reçoit régulièrement des appels de pères souhaitant également obtenir une indemnisation. Elle appelle à un amendement de la loi afin d’inclure les pères dans le dispositif d’indemnisation.
Silvana Silvani, sénatrice communiste de Meurthe-et-Moselle, s’est engagée à faire avancer cette question. Elle a obtenu un rendez-vous avec les conseillers de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, dans l’espoir que l’autorisation d’indemniser les « papa Dépakine » soit intégrée dans les lois budgétaires à venir.
Source : franceinfo
