Prêtres à l’armée : les églises helvétiques s’insurgent contre une nouvelle obligation
L’obligation pour les prêtres et les moines de servir dans l’armée depuis le 1er juin 2023 suscite une vive réaction des églises en Suisse. Les trois Églises nationales, ainsi que le Réseau des églises évangéliques, ont exprimé leur mécontentement dans une lettre adressée au Conseil fédéral, demandant des mes correctives.
Dans cette missive, les Églises chrétiennes soulignent qu’elles n’ont pas été consultées avant la révision de la loi militaire, une pratique habituelle en Suisse pour tout changement législatif. Elles font remarquer que la suppression de l’exemption de service militaire pour les ecclésiastiques impacte directement leur capacité à intervenir dans les situations de crise.
Le Parlement a adopté cette nouvelle loi sans prendre en compte cette modification, étant donné que d’autres aspects avaient suscité des débats. Les communautés religieuses s’interrogent sur le fait que le Conseil fédéral ne considère plus la pastorale comme une nécessité, ce qu’elles jugent « factuellement incompréhensible ».
Alain de Raemy, responsable des affaires militaires à la Conférence des évêques suisses, qualifie cette décision de « manque de respect pour la population », rappelant que des besoins spirituels avaient été identifiés lors de crises passées, comme la pandémie de Covid-19 ou la catastrophe de Crans-Montana. Il s’interroge sur les mes qui seront mises en place par le Conseil fédéral en cas de guerre ou de crise.
Le Département fédéral de la défense a justifié cette omission en indiquant que le processus de révision de la loi s’est déroulé conformément aux directives de la Chancellerie fédérale, précisant que le faible nombre de militaires concernés et le grand nombre de communautés potentielles avaient motivé leur décision de ne pas consulter les Églises.
L’armée a également avancé que la sécularisation croissante de la société a conduit à un désintérêt pour les offres ecclésiastiques, rendant le ministère pastoral moins indispensable au maintien de la vie sociale. Cependant, Alain de Raemy conteste cette affirmation, arguant que les demandes d’accompagnement spirituel augmentent, notamment en période de crise.
Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, neuf ecclésiastiques ont été rappelés, et cinq demandes d’exemption pourraient être rejetées prochainement. En plus des pasteurs, des membres de confréries ou de monastères sont également concernés par cette nouvelle obligation.
Source : RTS.
