En Afrique du Sud, ces réseaux qui alimentent la xénophobie
De nouvelles manifestations contre l’immigration ont eu lieu ce jeudi (09.07) en Afrique du Sud. Dans plusieurs villes du pays, des centaines de personnes réclament l’expulsion des étrangers en situation irrégulière, qu’elles accusent d’être responsables du chômage, de la criminalité et de la crise des services publics. Des scènes de violence xénophobes ont choqué le pays ces dernières semaines.
Des groupes hostiles à l’immigration ont mené des opérations de porte-à-porte à Johannesburg. Des étrangers ont été arrêtés à leur domicile puis remis à la police. Des témoins rapportent que des manifestants ont forcé l’entrée de plusieurs maisons pour rechercher des personnes migrantes en situation irrégulière. Plusieurs pays africains ont déjà procédé au rapatriement de leurs ressortissants ces derniers mois.
Operation Dudula
Les manifestants se présentent comme de simples citoyens inquiets pour l’avenir de leur pays. Le visage le plus connu des marches organisées est celui de Jacinta Ngobese-Zuma, ancienne animatrice radio, devenue l’une des principales porte-voix de la lutte contre l’immigration clandestine. Selon elle, « le problème n’a pas été réglé. Ils sont encore nombreux ici. Et nous n’avons pas empêché que des gens puissent venir dans notre pays illégalement. Il y a encore des millions de sans-papiers qui vivent ici ».
Jacinta Ngobese-Zuma n’agit pas seule. Elle est entourée d’autres organisations, comme Operation Dudula, qui effectue des contrôles de papiers informels dans les quartiers populaires et devant les cliniques et hôpitaux publics.
Plusieurs acteurs politiques ont également fait de la question migratoire un thème de campagne, formant une nébuleuse capable de mobiliser rapidement des milliers de personnes. Ils ont promis des manifestations hebdomadaires, tous les jeudis.
Instrumentaliser une colère bien réelle
Anthony Kaziboni, chercheur à l’université de Johannesburg, souligne qu’il y a eu plusieurs vagues de violences anti-immigrants dans le pays, rappelant qu’en 2008, plus de 60 personnes ont été tuées. Aujourd’hui, la mobilisation via les réseaux sociaux permet à ces groupes de diffuser leur message à grande échelle. Bien qu’ils se présentent comme des organisations de la société civile, une violence symbolique est clairement perceptible dans leur énergie.
Cette colère est alimentée par la crise économique, les services publics défaillants et le chômage, qui nourrissent un profond sentiment d’abandon au sein de la population sud-africaine. Dans ce contexte, les migrants deviennent des boucs émissaires.
Source : DW
