Une « bactérie mangeuse de chair » sur les plages espagnoles : « Les cas graves sont très rares »

9 juillet 2026 à 14h46

Durée de lecture : 4 minutes

Madrid (Espagne), correspondance

La bactérie aquatique Vibrio vulnificus, surnommée « mangeuse de chair » en raison de la nécrose des tissus qu’elle provoque, représente un risque potentiel sur les plages espagnoles. Elle peut se transmettre par contact avec des plaies ouvertes lors de baignades ou par la consommation de fruits de mer crus ou mal cuits. Le réchauffement climatique crée des conditions favorables à son développement en mer Méditerranée, particulièrement le long des côtes espagnoles.

« Cette bactérie peut entraîner de graves infections, pouvant, dans certains cas extrêmes, évoluer en septicémie. Cependant, ces cas restent encore rares », ras Carmen Amaro, professeure de microbiologie à l’université de Valence. Les personnes âgées ou celles souffrant de problèmes de santé sont les plus à risque. Dans les cas bénins, elle peut provoquer de la fièvre et des gastro-entérites.

Une étude a recensé 167 infections par différentes formes de Vibrio entre 2010 et 2023 en Espagne, dont seulement un peu plus de 2 % étaient liées à Vibrio vulnificus. En 2002, un homme est décédé après que sa bles a été en contact avec de l’eau de mer. Depuis, un autre cas a été signalé en 2007, lorsqu’une personne a été hospitalisée pendant deux semaines après une infection sur une plage de la mer Cantabrique, mais s’en est sortie.

Une augmentation des risques

Les cas documentés en Espagne restent peu nombreux, mais pourraient augmenter, car Vibrio vulnificus prospère dans les eaux chaudes et modérément salées, notamment dans les estuaires et les lagunes. Jaime Martinez Urtaza, professeur à l’université autonome de Barcelone, précise que « la Méditerranée espagnole n’est normalement pas un environnement favorable à cette bactérie, mais le changement climatique lui offre une opportunité ». Si cette tendance se poursuit, la bactérie pourrait également atteindre les côtes françaises.

Des épisodes de précipitations extrêmes, comme ceux observés à Valence en 2024, favorisent également son développement. « Lors de pluies torrentielles, les eaux douces se mélangent à la mer, diminuant la salinité. Si l’eau est déjà chaude, les conditions deviennent idéales pour sa prolifération », explique Urtaza.

Une bactérie sous surveillance

« On observe une augmentation de cette bactérie en Méditerranée, mais toutes les souches ne sont pas virulentes », souligne Carmen Amaro. Certaines souches ne portent pas les gènes de virulence, tandis que d’autres peuvent les porter sans être dangereuses. Cette bactérie est génétiquement très variable.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a déjà alerté sur l’expansion de Vibrio vulnificus, notamment en mer Baltique, où des cas ont été multipliés par trois en 2018 après des vagues de chaleur. En 2025, un décès a été enregistré après une baignade sur les côtes allemandes.

Le vieillissement de la population et la multiplication des activités nautiques augmentent les occasions d’exposition. En Espagne, des contrôles réguliers sont effectués sur la qualité de l’eau et des fruits de mer. Bien que les experts estiment que les risques demeurent faibles, la prudence est de mise. « Des informations sur la fermeture de plages en raison de cette bactérie ne sont pas exactes ; cela concerne plutôt des fermetures dues à la pollution fécale », conclut Urtaza.

Source : Reporterre.

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