Quand l’État se lit à lui-même : démocratie, numérique et vigilance citoyenne
Le gouvernement du Québec a lancé une initiative invitant les fonctionnaires à réfléchir sur les tensions entre innovation technologique et démocratie, une démarche audacieuse qui soulève des questions critiques.
Un contexte gouvernemental sous pression
Cette initiative prend une importance particulière suite au rapport de mai 2026 de l’Autorité des marchés publics (AMP). À la suite d’un mandat confié par la présidente du Conseil du trésor en 2025, l’AMP a identifié 20 constats et 9 recommandations, révélant des lacunes significatives en matière de gouvernance, de gestion de projets numériques et de reddition de comptes. La recommandation phare appelle à repositionner la gouvernance des projets numériques au sein du Secrétariat du Conseil du trésor, illustrant ainsi les fragilités de l’État québécois dans sa transformation numérique.
Innovation numérique et risques technocratiques : la tension centrale
La collection proposée met en lumière le paradoxe de la modernisation publique. Les chercheurs en gouvernance numérique ont mis en évidence que l’amélioration de l’efficacité des services peut conduire à une concentration du pouvoir décisionnel dans des algorithmes opaques, éloignant les citoyens du processus démocratique. Des travaux comme ceux de Shoshana Zuboff et Virginia Eubanks soulignent comment les infrastructures numériques peuvent devenir des mécanismes de contrôle, amplifiant les inégalités existantes.
Le gouvernement du Québec, tout en affirmant que la transformation numérique est une opportunité pour renforcer la participation citoyenne, fait face à un décalage entre le discours sur la transparence et la réalité des décisions algorithmiques non auditables.
Engagement écocitoyen : un angle encore marginal
La dimension écocitoyenne mérite également d’être examinée. Les technologies telles que l’intelligence artificielle et l’analyse massive de données sont présentées comme des leviers pour l’action climatique, mais aussi comme des sources de consommation énergétique préoccupante. Selon Kate Raworth, la gouvernance publique doit réconcilier performance institutionnelle et exigences écologiques.
L’éthique dans la gestion publique : ne pas esquiver l’inconfort
L’initiative de la BCR et du Conseil du trésor interroge la capacité des institutions à intégrer des réflexions critiques sur les risques de surveillance technocratique tout en déployant des outils numériques. Des auteurs comme Michael Sandel et Corinne Gendron soulignent la nécessité d’institutions capables d’autocritique et de délibération collective pour naviguer ces enjeux.
Source : Gouvernement du Québec, rapport de l’Autorité des marchés publics (AMP).
