Les premiers humains sur Mars ne voyageront pas seuls : un passager clandestin inquiète les chercheurs
Lors des missions Apollo, les astronautes ont laissé sur la Lune près d’une centaine de sacs poubelle contenant des excréments, de l’urine et d’autres déchets biologiques. À l’époque, ce geste répondait à une contrainte pragmatique : alléger le module lunaire avant le retour vers la Terre. Ces déchets demeurent toujours sur la Lune, qui est considérée comme un monde stérile.
Cependant, les prochaines destinations, comme Mars, ne seront pas aussi inoffensives. Mars est l’une des principales candidates à l’existence d’une vie microbienne passée. De plus, les lunes glacées Europe et Encelade, qui orbitent respectivement autour de Jupiter et Saturne, abritent des océans sous leur croûte de glace et sont des lieux prometteurs pour rechercher une vie extraterrestre.
Dans ces environnements, la moindre contamination pourrait compromettre des décennies de recherches. Les astronautes ne voyageront jamais seuls ; chaque être humain est un véritable écosystème, hébergeant des milliers d’espèces de bactéries, de champignons et d’autres micro-organismes sur sa peau, dans sa bouche, ses voies respiratoires ou son intestin. Ce microbiote joue un rôle essentiel dans notre santé et nous accompagne partout, y compris dans l’espace.
Lorsque les premiers humains poseront le pied sur Mars, ils voyageront avec des milliards de passagers clandestins invisibles. Une nouvelle thèse soutenue à l’université Radboud aux Pays-Bas vise à répondre à des questions cruciales : que deviendront ces micro-organismes après plusieurs mois passés dans l’espace ? Pourraient-ils contaminer les mondes explorés ou, au contraire, représenter un risque pour les astronautes eux-mêmes ?
L’ambition de cette thèse est de comprendre comment les micro-organismes terrestres réagissent aux environnements extrêmes rencontrés lors des futures missions spatiales. Plusieurs contraintes caractéristiques de l’environnement martien, telles que la très faible pression atmosphérique, la sécheresse intense, le froid et les rayonnements, ont été reproduites en laboratoire. Les résultats montrent que certaines espèces de bactéries résistent étonnamment bien à plusieurs de ces stress lorsqu’ils sont considérés individuellement, bien que cela ne signifie pas qu’elles pourraient survivre durablement à la surface de Mars.
Un résultat intrigant concerne l’interaction de ces bactéries avec le système immunitaire. Après avoir été exposées à certaines conditions simulant l’environnement martien, plusieurs bactéries semblent plus difficiles à éliminer par les cellules immunitaires humaines, ce qui pourrait avoir des conséquences lors de missions de longue durée. La thèse examine également un autre danger : les poussières lunaires et martiennes, qui pourraient altérer les cellules des voies respiratoires et favoriser une réponse inflammatoire, ajoutant un risque supplémentaire pour les équipages.
L’exploration spatiale est ainsi aussi une aventure microbiologique. Les spécialistes parlent de protection planétaire, qui a pour objectif d’éviter que les microbes terrestres ne contaminent des mondes où l’on espère découvrir une vie extraterrestre. Une bactérie venue de la Terre pourrait être confondue avec un organisme extraterrestre ou modifier durablement un environnement potentiellement habitable.
Les recherches présentées dans cette thèse dépassent le seul cas de la planète rouge et concernent également les futures explorations d’Europe, d’Encelade et d’autres mondes susceptibles d’abriter de la vie. La question cruciale demeure : comment explorer ces mondes sans y transporter notre propre biosphère ?
Source : Futura Sciences.
