Les Français ne cherchent pas à moins travailler, ils veulent pouvoir bien travailler
Ces derniers temps, la question du travail est revenue au cœur du débat public en France. Des enjeux majeurs tels que le vieillissement de la population, l’intelligence artificielle, la compétition internationale et la transition écologique soulèvent des interrogations sur la nature actuelle et future du travail, surtout à l’approche des élections présidentielles.
Une enquête menée avec l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) a interrogé quatre catégories de travailleurs : ceux du secteur de la santé, les « travailleurs gilets jaunes », les petits entrepreneurs et les cadres insatisfaits. Tous expriment un sentiment de déconnexion avec les discours politiques sur le travail et souhaitent un renouvellement.
Les angles morts des récits
Les travailleurs interrogés, qu’ils soient experts-comptables, commerçants, préparateurs de commandes ou enseignants, constatent que les propositions politiques actuelles ne répondent pas à leurs attentes. Le slogan « travailler moins, mais mieux » de la gauche se heurte au « travailler plus » de la droite et du centre, sans véritable alternative.
Les récits sur la « valeur travail » ou le « travailleur méritant » ne reflètent pas leur réalité. Ces discours sont perçus comme déconnectés de leurs expériences professionnelles, et les travailleurs concluent que « les idées ne sont pas en adéquation avec le travail » et que « c’est toujours les mêmes sujets ».
L’œuvre d’une vie
Pour 62 % des Français, le travail est très important dans leur existence, un chiffre bien supérieur aux 44 % des Allemands et 45 % des Britanniques, selon l’enquête Eurofound. Le travail constitue un socle identitaire, et la capacité à bien l’exercer est essentielle.
Cependant, beaucoup signalent une détérioration des conditions de travail, liée à l’intensification des tâches, au manque de communication avec la hiérarchie et à des pressions administratives. Un sentiment partagé par de nombreux travailleurs : « On est souvent fiers et passionnés de ce qu’on fait, mais les conditions font qu’on devient écœurés. »
Nouvelles pénibilités
La question centrale n’est pas seulement de savoir si les Français aiment travailler, mais s’ils peuvent encore aimer leur travail. Ils ne souhaitent pas nécessairement travailler moins, mais aspirent à travailler mieux. Les travailleurs attendent que les discours politiques reflètent leurs expériences vécues, qui sont à la fois sources de fierté et de frustrations.
Les attentes se portent également sur une amélioration des conditions de travail, considérée comme un préalable à toute autre réforme. Les récents dérèglements climatiques soulignent que de nouvelles pénibilités pourraient émerger, impactant les pratiques professionnelles.
Réhumaniser le travail
Les travailleurs craignent une inertie politique qui pourrait nuire à leur autonomie. Ils voient dans la transition écologique une opportunité de redonner du sens au travail et de renforcer le lien avec leur activité. Plusieurs initiatives, comme celle de la CFDT avec le dispositif « Places du travail », visent à établir des échanges entre les acteurs des transformations environnementales et ceux du monde du travail.
Il est donc crucial de construire une nouvelle narration sur le travail, qui reconnaisse l’implication des travailleurs et améliore leurs conditions.
Source : La Croix, enquête Iddri.
