Un web sans accessibilité : un obstacle à l’égalité des droits
Dans une société de plus en plus numérisée, l’inaccessibilité du web constitue un obstacle majeur à l’exercice des droits fondamentaux, touchant directement 12 millions de personnes en situation de handicap en France, dont 75 % souffrent de handicaps invisibles, et plus de 100 millions en Europe.
L’accès aux services en ligne, qu’il s’agisse de l’éducation, de l’emploi, de la santé ou de la citoyenneté, est entravé par des interfaces non accessibles. Par exemple, un lycéen dyslexique peut rencontrer des difficultés insurmontables pour finaliser ses vœux sur Parcoursup, en raison de formulaires complexes, de l’absence de synthèse vocale et de captchas illisibles. Bien que ses droits soient théoriquement les mêmes que ceux des autres, la réalité numérique se transforme en une barrière.
Internet : un droit fondamental ?
La fracture numérique est reconnue comme une question de droits humains. C.K. Sanders souligne que cette fracture alimente les inégalités. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU affirme que les droits doivent être protégés en ligne tout comme hors ligne. Vint Cerf, pionnier d’Internet, considère le web non comme un droit autonome, mais comme un facilitateur de droits. Des études plaident pour un droit effectif à l’accès à Internet.
Cependant, l’enjeu ne se limite pas à la simple connexion. Avoir un accès haut débit ne suffit pas si les sites universitaires ne sont pas compatibles avec les lecteurs d’écran ou si les plateformes de recherche d’emploi ne peuvent pas être naviguées au clavier.
Discrimination par design
L’égalité numérique nécessite une attention particulière au design des interfaces. Un formulaire illisible pour une personne dyslexique ou une vidéo sans sous-titres pour un étudiant sourd représente une discrimination systémique. Selon un baromètre de l’accessibilité dans le e-commerce européen, 94 % des parcours d’achat présentent des critères d’accessibilité non conformes, et 84 % des pages produit sont illisibles pour les technologies d’assistance.
Cette exclusion est particulièrement marquée dans le secteur de l’éducation. Pendant la pandémie de Covid-19, les élèves des quartiers défavorisés, mal desservis en haut débit, ont davantage décroché. Même lorsque l’accès était présent, l’absence d’accessibilité a conduit à des cours sans sous-titres et à des environnements numériques non compatibles avec les aides techniques.
Accessibilité : un enjeu pour l’égalité des chances
Le manque d’accessibilité numérique empêche également l’accès à l’emploi et à la participation citoyenne. Cela exclut de nombreux candidats des processus de recrutement et limite l’accès à l’information et à la possibilité de voter en ligne.
Bien que des lois comme le RGAA en France et le European Accessibility Act existent, tant que l’accessibilité sera perçue comme une simple contrainte réglementaire, elle ne sera pas considérée comme une obligation de résultat. Il est crucial de garantir que chaque individu puisse exercer ses droits, quelles que soient ses capacités.
Vers une reconnaissance des droits numériques
Reconnaître l’accessibilité numérique comme une obligation technique dans une nouvelle génération de droits numériques serait un pas en avant. Cela impliquerait une responsabilité partagée entre l’État et les acteurs privés pour concevoir des services sans barrières inutiles.
L’accessibilité doit être intégrée au cœur du pacte démocratique. Une société qui tolère que certaines personnes soient exclues du monde numérique ne respecte pas ses engagements envers l’égalité en droits, en chances et en dignité.
Sources : INSEE, Commission européenne, OCDE, UNESCO.
