Fable, Mythos, GPT-5.6 : l’Europe à la merci d’un kill switch américain ?
Au début du mois, les États-Unis ont célébré leurs 250 ans d’existence. En un quart de millénaire, ce pays a pris la tête de presque tous les fronts technologiques, de l’informatique à l’intelligence artificielle. Toutefois, en août 2025, un événement marquant a eu lieu : le pays a franchi un cap avec l’introduction du voyage dans le temps.
Nicolas Guillou, magistrat à la Cour pénale internationale, est l’un des rares à avoir expérimenté cette innovation. Depuis un an, il ne peut accéder à la plupart des services en ligne, tels qu’Airbnb, Uber ou Booking, en raison de sanctions américaines. Ces restrictions, imposées à des individus ayant émis des mandats d’arrêt contre des responsables israéliens, ont conduit Guillou à déclarer qu’il vivait comme dans les années 1990.
Cette situation soulève des questions quant aux conséquences de l’arbitraire des États-Unis, qui peuvent, en un instant, priver des individus de services numériques essentiels. En juin 2025, le gouvernement américain a également affirmé son contrôle sur le déploiement de l’intelligence artificielle, en ordonnant à Anthropic de suspendre l’accès à ses modèles Fable 5 et Mythos 5 pour les ressortissants étrangers. Parallèlement, OpenAI a annoncé que son modèle GPT-5.6 serait réservé à un groupe restreint de partenaires approuvés par le gouvernement.
Bernard Benhamou, secrétaire général de l’Institut de la souveraineté numérique, souligne que la dépendance de l’Europe aux technologies américaines est de plus en plus problématique. Dans un rapport publié en début d’année, l’Institut a noté que cette dépendance est exploitée par l’administration américaine pour influencer le futur politique de l’Union européenne.
Le concept de « kill switch », redouté depuis longtemps, pourrait devenir une réalité. Benhamou évoque des craintes passées, notamment entre 2002 et 2005, où l’on craignait que les États-Unis puissent couper les racines des noms de domaine de certains pays. Ce risque s’est intensifié avec la reconnaissance de l’IA comme une arme stratégique dans des contextes de guerre, comme en Ukraine et en Iran.
La suspension de certains modèles d’IA a également des implications plus larges. OpenAI, ayant pris soin de coordonner ses actions avec Washington, pourrait bénéficier d’une préférence politique, tandis qu’Anthropic, qui a refusé de collaborer sur des projets militaires, se retrouve désavantagé. Cette dynamique soulève des préoccupations sur l’intégrité et l’équité des relations entre entreprises technologiques et gouvernements.
Pour Benhamou, le retard européen en matière d’innovation technologique est davantage lié à des choix idéologiques qu’à un manque de ressources. Il appelle à une intervention plus forte de l’UE dans l’économie, notamment en matière de soutien aux PME, pour contrer cette dépendance.
La solution pourrait résider dans le développement d’alternatives européennes robustes, capables de rivaliser avec les géants américains et chinois. Benhamou affirme que l’Europe devrait viser la création de plusieurs grandes entreprises plutôt qu’un seul acteur dominant.
Pour réaliser cette ambition, des investissements massifs sont nécessaires. Selon le rapport Draghi, l’Europe aurait besoin d’un sursaut financier d’environ 800 milliards d’euros par an. Bien que ce chiffre puisse sembler élevé, des discussions récentes en Allemagne indiquent une volonté croissante d’envisager un endettement européen commun pour financer ces initiatives.
Cette situation met en lumière les défis cruciaux que l’Europe doit relever pour asr sa souveraineté numérique et éviter d’être à la merci des décisions américaines.
Source principale : Ouest-France, Arte, Institut de la souveraineté numérique.
