Au Liban, « c’est la vie elle-même qui est dans la ligne de mire »

Au Liban, « c’est la vie elle-même qui est dans la ligne de mire »

Alors qu’un nouvel accord de cessez-le-feu a été signé entre Israël et le Liban sous l’égide des États-Unis, le pays du Cèdre continue d’être victime de bombardements israéliens, ayant causé la mort de 4 319 personnes depuis le 2 mars, selon le ministère de la Santé libanais. Des villages entiers sont dynamités. L’occupation du Sud-Liban par Tsahal demeure un levier diplomatique et militaire pour Israël, transformant la région en zone tampon dévastée à l’avenir incertain. Les habitants, ainsi que la faune et la flore locales, se trouvent en danger face à ces destructions.

Munira Khayyat, anthropologue et professeure associée à l’Université de New York à Abou Dabi, a grandi à Beyrouth durant la guerre civile. Dans son livre Un Paysage de guerre — Écologies de résistance et de survie au Sud-Liban, elle explore comment les communautés locales tissent des liens avec leur environnement pour survivre aux cycles de guerre, un processus qu’elle qualifie d’« écologies de résistance ».

Un rapport du ministère de l’Environnement et du CNRS du Liban a récemment dénoncé un « acte d’écocide » causé par l’offensive israélienne de 2023-2024. Munira Khayyat déclare que cet écocide est systématique et se poursuit dans la zone frontalière libanaise. D’après des images satellites et des enquêtes, environ 56 264 hectares de terres agricoles et forestières ont été touchés, dont 18 559 dans le sud. En outre, 60 000 oliviers ont été brûlés et 1,8 million d’animaux ont péri.

Les oliveraies d’Alma al-Shaab et de Deir Mimas, ainsi que d’autres zones viticoles, ont été gravement endommagées. Le village de Ramya, où Khayyat a mené des recherches, a été complètement détruit par des explosifs israéliens. Des vidéos montrant des soldats israéliens riant de leur acte de destruction circulent sur les réseaux sociaux, illustrant l’ampleur de la violence.

Cinquante-cinq villages libanais, habités depuis le Néolithique, ont été entièrement rasés, emportant avec eux des ruines historiques, des champs fertiles et des sanctuaires. Ce qui est détruit, ce sont les écosystèmes vitaux qui soutiennent la vie dans cette région, mettant en péril non seulement les humains mais aussi les formes de vie animales et végétales.

Malgré ces défis, des pratiques de survie émergent. Par exemple, un habitant a défié les bombardements en semant sa parcelle de terre, montrant ainsi la résilience des habitants face à la violence. Ces « écologies de résistance » représentent des collectifs humains et non humains qui tentent de vivre malgré les conditions mortelles et destructrices.

Des incendies, allumés intentionnellement par des bombes au phosphore blanc, ravagent le Sud-Liban. Bien que certaines espèces végétales soient capables de se régénérer, les oliviers prennent des années à produire à nouveau des fruits. De nombreux agriculteurs se tournent donc vers des cultures moins exigeantes, comme le tabac, qui ne nécessite pas d’irrigation.

La réalité de la guerre au Liban reflète des scénarios d’apocalypse climatique potentiels, où les infrastructures essentielles s’effondrent et où les habitants doivent s’adapter à des environnements contaminés et toxiques. Ces espaces deviennent également des lieux d’activisme climatique, où les habitants s’efforcent de préserver leur terre et leur mode de vie.

La situation au Liban illustre ainsi les conséquences tragiques de la guerre sur l’environnement et la vie quotidienne, mettant en lumière la lutte pour la survie dans des conditions extrêmes.

Source : Reporterre

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