Canicule : Les scientifiques face à un backlash médiatique
Des scientifiques inaudibles, des alertes méprisées… Les vagues de chaleur de cette année ont suscité un réel backlash écologique dans de nombreux médias mainstream. Le film Don’t Look Up, sorti en 2021, illustre bien cette inaction politique et médiatique face à une catastrophe imminente. Deux astronomes y tentent en vain d’alerter la société sur une comète menaçante, mais ils ne rencontrent que désintérêt et dérision.
Eva Morel, cofondatrice de l’association QuotaClimat, explique que la situation actuelle rappelle ce scénario : « Dans Don’t Look Up, on parle du sujet, mais on ne pointe pas vers la bonne problématique ou solution. C’est ce qui est en train de se passer avec les vagues de chaleur. »
Fronde antiscience sur BFM
Le climatologue Christophe Cassou, présent sur le plateau de BFM le 26 juin, a été critiqué pour son manque de clarté. Il a souligné que deux vagues de chaleur majeures avaient enfin incité le gouvernement à communiquer sur les enjeux climatiques. Emmanuel Lechypre, éditorialiste, a reproché aux scientifiques d’être « très abstraits », insinuant qu’ils n’avaient pas su expliquer le péril climatique.
Les scientifiques affirment depuis plusieurs années que la hausse des températures en Europe est plus de deux fois supérieure à la moyenne mondiale. Cassou a réagi en déclarant : « Rejeter la responsabilité sur une mauvaise communication de la part des scientifiques, c’est inadmissible. »
Focus médiatique sur le climat
Selon QuotaClimat, les alertes scientifiques n’ont souvent pas été entendues, combattues par l’industrie fossile et ignorées par les décideurs politiques. Avec la canicule de mai et juin, le climat a occupé 26% du temps d’antenne des journaux télévisés, mais sur l’ensemble de l’année 2025, ce chiffre n’était que de 4,9%.
Eva Morel souligne que le débat médiatique s’est concentré sur l’adaptation plutôt que sur l’atténuation des effets du réchauffement. Les discussions autour de la climatisation ont été six fois plus couvertes que celles sur la végétalisation.
Une minimisation des faits
Certaines interventions ont minimisé les conséquences des vagues de chaleur. Le présentateur Yann Barthès a affirmé que « tout le monde a chaud », ignorant les inégalités de vulnérabilité face à la canicule. Pendant ce temps, des figures publiques ont tenté de rediriger le débat vers des préoccupations sécuritaires, qualifiant les enfants qui se rafraîchissent aux bouches à incendie de « délinquants ».
Christophe Cassou a noté que certains médias qualifient les scientifiques d’« idéologues » ou de « petits dictateurs » lorsqu’ils rapportent des faits scientifiques. Cette tendance à décrédibiliser les experts pourrait retarder l’adaptation et l’atténuation du réchauffement climatique.
En conclusion, le traitement médiatique de la canicule et des enjeux climatiques soulève des questions cruciales sur la responsabilité, la communication et l’inaction face à une crise environnementale grandissante.
Source : QuotaClimat, BFMTV
