TÉMOIGNAGE. Incendie :

Incendie : « C’était irrespirable », des habitants de Haute-Loire et Lozère face aux flammes

Publié le 07/07/2026 à 13h03
Temps de lecture : 4 min

À quelques kilomètres seulement de l’incendie qui a ravagé près de 300 hectares entre la Haute-Loire et la Lozère, Marina et Titouan ont passé de longues heures dans l’attente d’une éventuelle évacuation. Entre l’odeur de fumée devenue irrespirable et les flammes visibles depuis leur village, le couple raconte une nuit sous tension.

À Sinzelles, sur la commune de Naussac-Fontanes (Haute-Loire), les habitants ont vu le feu s’approcher dangereusement. Le hameau est situé à seulement quelques kilomètres des flammes, au point d’avoir été choisi comme l’une des bases de commandement des secours. « Ils ont mis le poste de commandement des pompiers ici, à Sinzelles, parce qu’on est à cinq kilomètres des flammes », explique Titouan. « Hier soir, c’était vraiment tout près. Le village de Ligeac, qui est juste en face de chez nous, a été évacué. J’y vais courir régulièrement, c’est à deux kilomètres par la route. »

Très vite, les gendarmes ont demandé aux habitants de se tenir prêts. « Ils nous ont conseillé de préparer des sacs au cas où il faudrait évacuer, » raconte Marina. Une éventuelle évacuation qui n’a finalement pas eu lieu. « On s’est demandé s’ils allaient nous faire partir, même si personne n’en avait vraiment envie, » ajoute Titouan.

Le couple me encore la rapidité avec laquelle la situation s’est dégradée. Dimanche soir, ils rentrent de Langogne vers 19h30. « Quand on est partis vers 18 heures, ce n’était pas encore tellement impressionnant, » se souvient Titouan. « Mais en revenant, on a vu un énorme nuage de fumée depuis le lac de Naussac. On avait l’impression qu’il était posé sur Sinzelles. En l’espace d’une heure, on avait l’impression que le champignon de fumée était au-dessus de nos habitations. C’était surtout ça qui était impressionnant. Et depuis le village, on voyait les flammes dépasser les sapins. Elles étaient très hautes. »

Jusqu’alors, les habitants pensaient être relativement protégés par la rivière Allier. « Toute la journée, on voyait les hélicoptères faire des allers-retours. On savait que le feu n’était pas loin, mais on ne pensait pas qu’il avait franchi l’Allier. On se sentait un peu préservés par la rivière. »

Si les flammes étaient visibles en soirée, c’est surtout durant la nuit que les conditions sont devenues particulièrement difficiles. « Hier soir, surtout pendant la nuit, c’était irrespirable, » raconte Marina. « L’odeur était vraiment très prenante. Aujourd’hui, ça va un peu mieux, mais on respire encore difficilement. » Le changement a été brutal. « Au début, quand on regardait au loin avec les pompiers et les gendarmes au bout du village, on ne sentait presque rien. Pourtant, les flammes n’étaient qu’à un kilomètre devant nous. Puis, vers 22h30, une fumée très épaisse s’est installée dans tout le village. Peut-être que le vent a tourné. » Même si le feu est désormais fixé, la vigilance reste de mise. « Le feu n’est pas éteint. On se dit qu’un mauvais coup de vent peut toujours le ramener vers nous. On est encore dans l’attente. »

Face à l’ampleur du sinistre, les habitants ont cherché à se rendre utiles. « On a demandé si on pouvait aider, » explique Titouan. « Finalement, ce qu’on faisait surtout, c’était remplir des bouteilles d’eau pour les pompiers et les agriculteurs qui revenaient du feu. Ils étaient complètement assoiffés. » Le couple a également participé au remplissage des tonnes à eau utilisées par les exploitants agricoles. « C’est à peu près tout ce qu’on pouvait faire. On ne pouvait pas intervenir davantage. »

Avant leur départ, certains habitants de Ligeac avaient également tenté de protéger leurs maisons. « Je sais que certains avaient arrosé les portes de leur habitation avant d’évacuer pour essayer de préserver un peu leur maison. »

Si l’émotion est encore vive, Titouan se dit davantage préoccupé pour les villages directement menacés que pour sa propre habitation. « Personnellement, je ne suis pas très inquiet, mais je reste vigilant. Quand on pense que le feu est terminé, deux heures après il peut être à la porte du village. Ce n’est jamais vraiment fini. Tout dépend du vent. »

Il évoque aussi la difficulté de suivre l’évolution de la situation. « Il y avait énormément de rumeurs. On avait toujours une information qui venait contredire la précédente. » Le couple redoute désormais les fortes chaleurs annoncées. « Ce qui m’inquiète un peu, c’est qu’on entre dans un épisode de canicule. Il va faire encore plus chaud. »

Selon le dernier point de situation communiqué ce mardi par la préfecture de la Haute-Loire, l’incendie, déclenché dimanche 5 juillet vers 16h10 sur les hauteurs de Saint-Haon et de Rauret, est fixé depuis 7 heures ce mardi matin. Le feu a parcouru environ 300 hectares, répartis à parts égales entre la Haute-Loire et la Lozère. Les opérations se poursuivent néanmoins et devraient durer encore plusieurs jours. Pas moins de 270 sapeurs-pompiers, 80 engins, des renforts venus de neuf départements ainsi que deux hélicoptères bombardiers d’eau restent mobilisés sur le secteur. Depuis le début de l’intervention, 96 largages ont été réalisés.

Les importantes fumées continuent d’être visibles dans toute la vallée de l’Allier, tandis que plusieurs axes routiers, dont la RD88 entre le Nouveau Monde et le Pont de Rabeyrolles et une partie de la RD404 à hauteur Rauret, demeurent fermés afin de permettre la poursuite des opérations de secours.

Source : France 3 Régions

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