Les pistes du Sénat pour enrayer la « décommercialisation »
Publié le 1 juillet 2026
par Michel Tendil, Localtis
Thèmes : Action cœur de ville, Développement économique, Petites Villes de Demain
La commission des affaires économiques du Sénat a alerté sur la montée d’un phénomène de « décommercialisation » en France, comparable à la désindustrialisation, dans un rapport adopté le 1er juillet. Ce phénomène touche « tous les territoires », y compris les « villes moyennes » et potentiellement les plus grandes agglomérations, voire les métropoles, selon Dominique Estrosi Sassone, présidente de la commission.
L’association « Villes de France » a été à l’origine d’appels pour des mes urgentes, ayant remis un rapport au gouvernement en novembre, qui a inspiré le ministre Serge Papin pour le plan « Lever de rideau ». Les fermetures de commerces se multiplient, un sujet qui a été central lors des dernières élections municipales.
Entre 2014 et 2024, 14 000 établissements et 45 000 emplois ont disparu, avec la fermeture de plus d’une vingtaine de chaînes de magasins emblématiques, telles que Camaïeu et Naf Naf. Le taux de vacance commerciale a atteint 11,6 % en 2025, en hausse par rapport à 8,8 % en 2017, et grimpe à 11,7 % dans les centres-villes et 16,8 % dans les centres commerciaux.
Les villes de moins de 50 000 habitants sont particulièrement affectées, avec un taux de vacance commercial passant de 8,5 % à 13,5 %. Des métropoles comme Marseille, Lille et Montpellier sont également concernées. Bien que certains secteurs comme la restauration aient créé des emplois, l’habillement et le textile font face à une « crise sans précédent ».
Les sénateurs identifient plusieurs « révolutions » à l’œuvre, notamment l’essor des produits importés de Chine via des plateformes comme Shein et AliExpress. En 2025, plus de 800 millions d’articles ont été importés. De plus, le marché de la seconde main est estimé à plus de 15 milliards d’euros, tandis que la montée du discount fragilise les commerces de milieu de gamme.
Un droit de douane de 3 euros sur les petits colis de moins de 150 euros a été instauré au niveau européen, avec une redevance pour frais de gestion à venir en novembre. La Commission européenne a signalé que plus de 60 % des marchandises de faible valeur entrant dans l’UE ne respectent pas les normes de sécurité.
Les sénateurs appellent à des contrôles accrus, notamment par le biais du projet de loi Ddadue, qui permettra à la DGCCRF d’intervenir rapidement sur les plateformes. Concernant les loyers commerciaux, le Sénat soutient la création d’observatoires pour mieux les comparer, tout en rejetant l’idée d’un encadrement.
Les rapporteurs recommandent également des incitations fiscales pour améliorer la situation des commerces, tout en saluant les initiatives de l’Agence nationale de la cohésion des territoires et de la Banque des Territoires. Ils soulignent la nécessité pour les élus et les commerçants de s’adapter aux nouvelles réalités du marché.
Source : Sénat