La tentation espagnole
7 juillet 2026
Vue de Quimper, Paris ou Briançon, l’Espagne suscite l’envie. Au-delà des Pyrénées, la croissance économique y est notable, affichant 2,8 % contre 0,8 % en France. Le taux de chômage diminue et le déficit budgétaire est revenu sous la barre des 3 % du PIB. Comment les autorités espagnoles ont-elles réussi cette performance ? Selon certains, cela serait dû à une politique d’immigration ouverte et à une augmentation des salaires.
Le gouvernement de Pedro Sánchez a récemment achevé une régularisation massive des sans-papiers, avec plus d’un million de demandes traitées. Cette politique migratoire est perçue comme un moteur de croissance. Parallèlement, le salaire minimum a été considérablement rehaussé, passant de 1 478 € à 1 700 € net par mois. Ces mes ont été interprétées par certains, comme Jean-Luc Mélenchon, comme le début d’un cercle vertueux de croissance par la consommation.
Cependant, des critiques s’élèvent, notamment à droite, où la politique migratoire est vivement contestée. Le Rassemblement National propose de baisser les cotisations salariales pour augmenter le salaire net, sans aborder les implications budgétaires.
L’immigration comme levier de croissance
Au 1er octobre 2025, l’Espagne comptait 7,1 millions de résidents étrangers « réguliers », représentant près de 15 % de la population, en hausse de 5,5 % en un an. Environ 40 % de ces immigrés proviennent d’Amérique Latine, principalement du Venezuela et de la Colombie, tandis que 35 % viennent d’autres pays de l’UE. Le FMI souligne que la forte croissance de l’Espagne est largement attribuable à cette immigration, qui a su s’intégrer au marché du travail, avec trois-quarts des créations d’emplois entre 2022 et 2025 concernées par des immigrés.
L’Espagne se distingue en Europe par une augmentation de sa population de 9,2 millions d’habitants depuis 2000, dont 6,5 millions d’étrangers. Ce flux migratoire a, jusqu’à présent, été intégré sans provoquer les tensions observées dans d’autres pays européens. Toutefois, la montée du parti Vox, crédité de 9,6 % des voix aux dernières élections européennes, pourrait indiquer un changement d’attitude vis-à-vis de l’immigration.
Les salaires minimums : un modèle à analyser
L’équivalent espagnol du SMIC (Salario Mínimo Interprofesional) est actuellement de 1 193 €. En France, le SMIC net est de 1 738 €, soit 46 % de plus. Lorsque l’on considère le coût de la vie, la différence se réduit à 22 % en faveur de la France, selon Eurostat, qui indique que le niveau général des prix était 20 % plus élevé en France qu’en Espagne en 2025.
L’augmentation du SMIC en France, comme proposé par Mélenchon (+14 %), pourrait entraîner la perte de 100 à 200 000 emplois, selon des économistes. Cela soulève des questions sur la viabilité d’un tel modèle salarial pour l’économie française.
Conclusion
Les leçons tirées de l’expérience espagnole ne doivent pas être appliquées à la légère en France. Une analyse approfondie des contextes économiques et sociaux est essentielle avant d’adopter des politiques similaires, notamment en matière de revalorisation du salaire minimum.
Source : Telos
