Laits infantiles : un rapport parlementaire souligne les « lacunes » de l’État et des industriels
Un rapport parlementaire publié mardi met en lumière des « lacunes » dans la gestion de l’affaire des laits infantiles, soulignant un manque de contrôle, une réaction tardive et une communication insuffisante de la part des autorités et des fabricants. Les rapporteurs demandent que ces failles soient « impérativement prises en compte ».
Ce rapport, jugé « attendu par les familles », vise à « comprendre ce qu’il s’est passé » et à établir les « dysfonctionnements », selon Mathilde Hignet (LFI), co-rapporteure avec Michel Lauzzana (Renaissance).
L’affaire a débuté en décembre 2025 lorsque Nestlé a rappelé plusieurs lots de laits infantiles dans une soixantaine de pays en raison d’une contamination potentielle par la céréulide, une toxine dangereuse pour les nouveau-nés. D’autres industriels, tels que Danone et Lactalis, ont également procédé à des rappels similaires, tous liés à un ingrédient commun : une huile riche en acide arachidonique (ARA) fournie par le même sous-traitant chinois. Des familles et associations ont critiqué la lenteur des rappels et l’inaction de l’État.
La loi Egalim impose aux industriels d’informer immédiatement les autorités en cas de risque pour la santé. Cependant, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a exprimé des doutes sur l’application de cette règle par plusieurs acteurs, ce qui a conduit à un signalement à la justice.
Le rapport souligne que la céréulide n’est pas soumise à un contrôle de routine, car elle n’est pas considérée comme un danger spécifique. Sa présence est liée à une forte prolifération du Bacillus cereus, dont le contrôle est pourtant essentiel durant la fabrication. Cette contamination a persisté plusieurs mois sans intervention du fournisseur, soulevant des questions sur l’efficacité des contrôles.
Les rapporteurs critiquent également les moyens limités des autorités de contrôle, qui se reposent de plus en plus sur l’autocontrôle des industriels. Ils s’interrogent sur la nécessité d’un rappel immédiat de tous les lots contenant l’huile ARA, au lieu de laisser sur le marché des produits potentiellement contaminés.
Les conséquences sanitaires de cette affaire demeurent incertaines, bien que trois décès de bébés aient été initialement signalés en lien avec les laits rappelés. Pour deux d’entre eux, la responsabilité du lait a été écartée.
Les rapporteurs formulent 14 recommandations, notamment le renforcement des critères de référencement des matières premières et des contrôles indépendants, à financer par les industriels. Ils plaident également pour une révision de la liste des substances réglementées par l’Union européenne, incluant potentiellement la céréulide, ainsi qu’une amélioration des procédures d’alerte pour les aliments destinés aux enfants.
Source : Assemblée nationale