Et si je devenais comme lui ? La difficile reconstruction des enfants de Cédric Jubillar
Mise à jour du 6 juillet 2026 : Cédric Jubillar a reconnu dans une lettre manuscrite à son avocat avoir tué sa femme, Delphine Aussaguel, selon La Dépêche.
Le procès de Cédric Jubillar s’est ouvert le 22 septembre 2025 à la cour d’assises d’Albi. Accusé du meurtre de sa femme Delphine, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, Jubillar a clamé son innocence pendant quatre semaines d’audiences. Le 17 octobre 2026, il a été reconnu coupable et condamné à 30 ans de réclusion criminelle. La cour a également prononcé le retrait total de son autorité parentale sur ses deux enfants, Louis et Elyah, le 1er décembre.
Lors du procès, une lettre écrite par leur fils Louis, âgé de 11 ans, a bouleversé l’audience. Ce courrier de trois pages, lu par l’avocate des enfants, décrit les humiliations et violences subies de la part de son père : coups, cris, et humiliations. Louis évoque des moments où il était contraint de s’agenouiller sur des Lego, les mains sur la tête, pour être « puni », ainsi qu’une « dent arrachée » après un coup de son père « derrière la tête ». Cette parole rare met en lumière la souffrance des enfants de la victime, souvent oubliés dans les procès pour féminicide.
Comment grandir après la violence ?
La psychothérapeute Hélène Romano, spécialiste du psychotraumatisme de l’enfant, souligne que les enfants exposés à la violence conjugale ne sont jamais de simples témoins, mais des victimes à part entière. Même s’ils ne reçoivent pas directement les coups, ils vivent dans un climat d’insécurité et d’humiliation. « Ces scènes s’impriment durablement dans le corps et dans le psychisme », explique-t-elle.
Un traumatisme invisible
Romano précise que les bless psychiques sont souvent invisibles. Même entourés, les enfants peuvent garder des réflexes liés à la peur et à la soumission. Louis, par exemple, se met encore à genoux par réflexe lorsqu’il est réprimandé. Les violences subies dans l’enfance laissent des empreintes indélébiles sur la manière d’être au monde.
Adolescence et risques accrus
L’adolescence est une période de remaniements psychiques profonds, où les jeunes cherchent à s’identifier à leurs parents ou à s’en différencier. Dans le cas de Louis, la question « Et si je devenais comme lui ? » peut devenir vertigineuse, amplifiant la honte et le risque de comportements autodestructeurs. Un accompagnement psychologique à long terme est essentiel.
Protéger les enfants au quotidien
Pour protéger ces enfants, il est crucial de leur offrir un cadre sécurisant, sans les contraindre à revoir le parent violent. Un environnement affectif stable est nécessaire, où ils se sentent en confiance. La famille maternelle de Louis joue un rôle protecteur, lui offrant un cadre calme et respectueux. Un suivi thérapeutique est également indispensable pour prévenir l’apparition de troubles post-traumatiques.
Impact de la médiatisation
La médiatisation de cette affaire peut aggraver le traumatisme. Porter un nom associé à un drame expose les enfants à des remarques blessantes, les privant de leur identité. De plus, l’absence de lieu symbolique de recueillement pour leur mère complique le processus de deuil.
Cependant, Hélène Romano espère que cette affaire fera évoluer les mentalités sur l’impact des violences conjugales sur les enfants. « Nous avons un devoir éthique collectif : reconnaître leur statut de victimes et asr un accompagnement de longue durée », conclut-elle.
En cas de doute ou de suspicion, il est conseillé d’appeler le 119 – Allô Enfance en danger.
Source : La Dépêche, Parents.fr
