À la BnF, les fanzines et la presse sur courant alternatif célébrées
Orléans, années 1980. La scène punk est en ébullition, électrisant toutes les synapses. Disques, cassettes, labels, concerts, festivals, mais aussi affiches, flyers et beaucoup de papier – couvert de textes et de graphismes tranchants, le tout reproduit à la photocopieuse, relié-collé dans les arrière-cuisines et diffusé en sous-main, à la sortie des bars interlopes. La Fanzinothèque de Poitiers a récemment reconstitué cette photographie quasi intacte en découvrant, dans des cartons, le legs de plusieurs centaines de fanzines méticuleusement conservés par un collectionneur d’Orléans, témoin de la frénésie musicale d’une époque.
Ces documents ont rejoint les collections de l’association, tout comme les 2 000 fanzines envoyés spontanément chaque année, enrichissant un fonds riche de plus de 60 000 pièces. Cette redécouverte de la presse alternative s’opère à la faveur de dons, de maisons à vider, ou de boîtes que l’on hésite à jeter, révélant des productions imprimées ignorées des circuits officiels.
Une diversité d’expressions réunie
« C’est ce qui fait l’originalité de cette presse, difficile à étudier, tant elle repose sur des collections éclatées et uniques. Même la Fanzinothèque ne possède qu’une partie infime de ce qui a été réellement publié », analyse le chercheur Samuel Étienne, auteur et collectionneur de fanzines depuis 40 ans. Cet hommage est rendu par la Bibliothèque nationale de France (BnF) à travers l’exposition « Underground ! La presse alternative des années 1970 en France ».
Les fanzines, souvent exemptés des obligations de dépôt légal, ont emprunté le chemin des collections patrimoniales de la BnF, qui s’efforce également de combler les vides en surveillant les feuilles éparses qui refont surface.
« La plupart des périodiques traités dans cette exposition étaient jusque-là mêlés indistinctement aux 270 000 titres de presse conservés à la BnF, sans principe d’indexation. C’est un corpus qui s’est construit au fil de l’eau », précisent les commissaires de l’exposition, Alexia Bauville et Eugénie Martin.
En 1969, on avait « l’opinel facile »
Cette mise en lumière suscite débat et curiosité. La contre-culture, qui explorait les courts-circuits et les voies souterraines, est désormais institutionnalisée, célébrée par l’État pour son caractère militant et sa créativité débridée. Samuel Étienne évoque sa première exposition au Frac de Marseille, où l’idée de mettre des fanzines sous vitrine l’a gêné. Il a donc décidé d’envahir des murs avec des photocopies pour conserver un esprit frondeur.
La BnF, tout en conservant des pièces originales sous vitrine, préfère reproduire des extraits et des couvertures sur des panneaux accrochés dans ses couloirs. Cela permet d’aborder la facette musicale de la presse alternative en présentant des pochettes de vinyles, des affiches, des journaux ainsi que des archives vidéo et audio.
Pour décider de l’appartenance à la presse alternative, Samuel Étienne a déterminé trois critères d’éligibilité : déprofessionnalisation, décapitalisation et désinstitutionnalisation. Les fanzines répondent à tous ces marqueurs, tandis que les journaux alternatifs en cochent un ou deux.
L’exposition rappelle également que le premier fanzine, The Comet, est apparu en 1930 aux États-Unis, impulsé par des amateurs de science-fiction. Ce phénomène a permis la construction d’une communauté d’intérêts variés, allant de la bande dessinée au féminisme.
Des tutos pour fabriquer des fanzines
La BnF met en avant les thématiques de la fin des années 1970, tout en soulignant la capacité des médias alternatifs à aborder une multitude de sujets. Ce retour en grâce est paradoxalement soutenu par le numérique, avec des tutos sur TikTok pour apprendre à créer des fanzines. Les nouveaux auteurs de presse underground retrouvent la matérialité du papier, distribuant librement leurs micropublications dans des lieux comme la bibliothèque Kandinsky au Centre Pompidou ou le Fanzinarium à Paris.
L’exposition « Underground ! – La presse alternative des années 1970 en France » se déroule du 5 mai 2026 au 18 octobre 2026 à la BnF, Quai François Mauriac, 75013 Paris.
Source : Bibliothèque nationale de France
