Cadmium : les engrais phosphatés sont-ils responsables de la pollution des sols ?
Mercredi 3 juin, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à « réduire les risques sanitaires liés aux contaminations » au cadmium, malgré l’opposition du gouvernement et du Rassemblement national. Le texte doit désormais être examiné au Sénat, alors que les mises en garde des scientifiques se multiplient.
Certaines associations et diverses publications avaient déjà alerté sur les dangers d’une intoxication au cadmium, mais le sujet a eu du mal à se frayer un chemin dans l’agenda politique et médiatique. Ce n’est qu’après une lettre des Unions régionales de professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-Médecins libéraux) adressée au gouvernement le 2 juin 2025 que la question a été mise en avant. Les médecins évoquent une « bombe sanitaire » qui pourrait avoir des conséquences graves sur le long terme.
En mars 2026, l’Anses a publié un rapport confirmant une xposition de la population française au cadmium par l’alimentation, relançant le débat. Dans ce rapport, l’agence sanitaire pointe du doigt la contamination des sols agricoles.
Cependant, les avis divergent. Géraldine Woessner, rédactrice en chef du Point, considère que les risques liés à ce métal lourd sont souvent exagérés. Dans un post sur LinkedIn, elle dénonce une « tempête de fake news » et remet en question les arguments avancés par les défenseurs d’un durcissement de la réglementation, concluant que « le problème du siècle n’est pas le cadmium. C’est le populisme ».
Concernant les engrais phosphatés, elle affirme que leur responsabilité dans l’accumulation de cadmium dans les sols est désormais limitée, chiffrant leur part à 2 %. La teneur de cadmium dans les sols français serait, en moyenne, de 0,31 mg/kg de terre sèche, ce qui n’est pas considéré comme particulièrement élevé.
Le cadmium, métal lourd naturellement présent dans les sols, est principalement absorbé par la population à travers l’alimentation. Les activités industrielles ont longtemps été une source importante d’émissions de cadmium, mais celles-ci ont diminué. Aujourd’hui, les activités agricoles représentent l’une des principales sources de nouveaux apports de cadmium, notamment via l’utilisation d’engrais phosphatés.
Ces fertilisants, fabriqués à partir de roches riches en phosphore, contiennent également du cadmium. Une partie de ce métal peut être absorbée par les végétaux et se retrouver dans la chaîne alimentaire.
Les chiffres avancés par Woessner ont été clarifiés par des experts. Selon Thibault Sterckeman, chercheur à l’Inrae, les engrais phosphatés représentent chaque année entre 50 et 70 % des nouveaux apports en cadmium dans les sols. Les entrées totales sont estimées à environ 1,5 g de cadmium par hectare et par an. L’Ademe estime que les engrais phosphatés représentent environ 54 % des apports annuels de cadmium.
En dépit de l’importance des engrais dans la contamination des sols, il est noté que même une suppression immédiate de ces engrais contenant du cadmium entraînerait une diminution très lente des concentrations déjà présentes dans les sols, nécessitant plusieurs décennies pour observer une baisse significative.
La France figure parmi les pays européens les plus touchés par la contamination au cadmium, avec une concentration de 0,25 mg/kg de terre, contre 0,20 mg/kg en moyenne dans l’Union européenne, plaçant l’Hexagone au cinquième rang des pays les plus chargés.
Ainsi, bien que les engrais phosphatés jouent un rôle significatif dans la contamination des sols, leur contribution actuelle est faible par rapport aux quantités de cadmium accumulées au fil des décennies. Toutefois, leur réduction demeure un levier important pour limiter les nouvelles entrées de cadmium dans les sols.
Source : Les Surligneurs, Anses, Inrae.