Homme augmenté : veut-on vraiment vivre jusqu’à 150 ans ?
Ce matin, nous nous plongeons dans l’univers de Bryan Johnson, un millionnaire américain de 48 ans, qui se définit comme un « athlète professionnel du rajeunissement ». Prêt à tout pour retrouver sa jeunesse, il subit un quotidien de rituels extrêmes : réveil sous capteurs, lumière rouge sur le cuir chevelu, smoothies à la créatine, et une multitude de pilules. Sa dernière méthode, pour le moins controversée, consiste en des transfusions de plasma prélevé sur son propre fils.
Johnson n’est pas un cas isolé dans cette quête effrénée de l’immortalité. Un mouvement plus vaste émerge, porté par les transhumanistes, qui croient fermement que l’intelligence artificielle pourra éradiquer des maladies comme Alzheimer, Parkinson ou encore certains cancers. Actuellement, environ 700 entreprises de biotechnologie se consacrent à la recherche sur le vieillissement. Elon Musk, figure emblématique de la Silicon Valley, investit des milliards dans cette promesse audacieuse : si vous êtes en vie en 2035, vous pourriez vivre au moins jusqu’à 150 ans.
Peut-on, et doit-on, vaincre la mort ?
Cette question fondamentale est au cœur d’un débat récent, où se rencontrent les points de vue de Laurent Alexandre, chirurgien et fondateur de Doctissimo, Raphaël Gaillard, professeur de psychiatrie à l’hôpital Sainte-Anne, et Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre. Alexandre est convaincu que l’intelligence artificielle permettra de guérir presque toutes les maladies humaines, tandis que Gaillard met en avant l’expérience clinique de la souffrance humaine. Mgr Rougé, quant à lui, interroge le sens d’une existence prolongée.
Une promesse technologique portée par la Silicon Valley
Laurent Alexandre affirme que doubler l’espérance de vie n’est plus une hypothèse, mais une certitude imminente. Selon lui, les leaders des grandes entreprises d’IA partagent cette conviction : « La Silicon Valley, qui est unanime sur ce sujet, a raison de penser que le cap des 150 ans sera atteint dès 2035. » Il ajoute que la guérison de toutes les maladies humaines, dont le vieillissement, pourrait être réalisée avant 2040.
Le regard du médecin face à la réalité du quotidien
Raphaël Gaillard, de son côté, souligne l’écart entre les promesses scientifiques et la réalité clinique. Il s’interroge sur les conséquences psychologiques d’une augmentation des capacités humaines, évoquant des troubles psychiques déjà observés chez les jeunes connectés. Pour lui, l’absence de mort pourrait rendre la vie insupportable.
Vivre longtemps ou vivre pleinement ?
Mgr Rougé met en lumière un aspect souvent négligé : « Beaucoup de gens vivent dans des conditions extrêmement difficiles, dans des pays très pauvres. » Il insiste sur l’importance de vivre pleinement plutôt que de simplement prolonger la vie. Ce questionnement soulève des craintes quant à une société à deux vitesses et aux dérives eugénistes potentielles que pourraient engendrer ces technologies.
Source : France Inter
