Cadmium : la cigarette est-elle la principale source d’exposition ?
Depuis quelques semaines, le cadmium, un métal lourd connu pour ses propriétés cancérogènes et mutagènes, suscite une inquiétude croissante parmi la population française. Une proposition de loi, adoptée le 3 juin à l’Assemblée nationale, vise à réduire la concentration de ce métal dans les engrais phosphatés largement utilisés en agriculture, qui sont souvent pointés du doigt comme responsables de sa présence dans nos sols et nos aliments.
Cependant, certains internautes affirment que cette législation cible à tort les agriculteurs. Selon eux, le véritable coupable de l’exposition au cadmium serait la cigarette, et non les engrais phosphatés.
Des fumeurs xposés au cadmium
Il est établi que les fumeurs présentent des niveaux d’exposition au cadmium plus élevés que les non-fumeurs. Une étude du programme Esteban pour Santé publique France, publiée en 2021, révèle que les concentrations urinaires de cadmium chez les fumeurs sont supérieures de 53,6 % à celles des non-fumeurs. Le niveau d’imprégnation moyen au cadmium chez les fumeurs s’établit à 0,54 µg/L, comparé à 0,45 µg/L chez les ex-fumeurs et 0,37 µg/L chez les non-fumeurs. Ces chiffres montrent une augmentation par rapport à une précédente étude nationale de 2007.
Cette exposition accrue s’explique par l’absorption de cadmium par les plants de tabac, qui provient du sol et des engrais. Lors de la combustion, le cadmium est libéré sous forme de particules d’oxyde de cadmium, inhalées par le fumeur et se déposant dans les poumons.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) indique qu’une cigarette contient en moyenne 2 µg de cadmium. Cependant, seulement 10 % de ce cadmium est inhalé, et la moitié de cette quantité est absorbée, soit environ 0,1 µg. Ainsi, une personne fumant 20 cigarettes par jour pourrait absorber entre 1 et 2 µg de cadmium.
Le tabac : un contributeur significatif
Les données montrent que le tabac représente une part importante de l’exposition au cadmium chez les fumeurs. Selon l’Anses, le tabac est la deuxième source d’exposition au cadmium, pouvant atteindre 43 %, tandis que l’alimentation en représente environ 55 %. Cela souligne l’importance de ne pas négliger l’impact des engrais phosphatés sur l’environnement et la santé.
De plus, le cadmium présent dans la cigarette provient des engrais phosphatés utilisés dans la culture du tabac. Une réglementation visant à limiter le cadmium dans l’agriculture pourrait donc également affecter la production de tabac en France.
La cigarette électronique : un sujet de débat
Certaines discussions portent également sur la cigarette électronique et son potentiel en tant que source d’exposition au cadmium. Cependant, il n’existe pas de consensus scientifique sur ce sujet. Les études menées jusqu’à présent montrent des niveaux élevés de cadmium chez certains vapoteurs, mais il est difficile de déterminer si cela est dû au vapotage ou à l’usage de tabac.
L’Anses souligne que l’absence de preuves claires d’une exposition significative au cadmium liée à la cigarette électronique ne signifie pas que son usage soit sans risque. Des préoccupations subsistent quant aux effets sur la santé, notamment en raison de l’inhalation de substances toxiques présentes dans les e-liquides.
En conclusion, bien que la cigarette soit un facteur aggravant dans l’exposition au cadmium, il est essentiel de considérer l’ensemble des sources, y compris l’alimentation et les engrais phosphatés, pour aborder ce problème de manière holistique.
Source : Santé publique France, Anses
