Précarité étudiante : les inquiétudes montent à l’approche des vacances d’été
Si 92 % des 18-24 ans déclarent partir cet été en vacances, ce chiffre cache une autre réalité. Pour de nombreux étudiants en situation de précarité, l’été est une période de fragilité accrue : les bourses s’interrompent, les charges demeurent et les emplois saisonniers deviennent une nécessité pour subvenir à leurs besoins.
Alors que l’inflation en France risque de rogner le pouvoir d’achat des Français cet été, qu’en est-il pour ceux qui ne sont pas encore dans la vie active ? Selon une étude menée en mai par l’application de gestion financière Plum auprès de 1000 étudiants, bien que 92 % des jeunes Français prévoient des vacances, cette réalité n’est pas partagée par tous.
L’association de lutte contre la précarité étudiante Cop1 souligne que « ce chiffre occulte la réalité des étudiants en situation de précarité », qui « n’ont pas la possibilité de penser à la déconnexion et au repos ». Pour ceux qui pourront partir, ces vacances engendrent en moyenne des découverts bancaires de 636 euros pour les 18-24 ans. De plus, pour beaucoup, ces séjours constituent souvent leurs seules vacances de l’année, entraînant des dépenses imprévues qui poussent certains jeunes à se retrouver « dans le rouge ».
Une situation financière d’autant plus précaire que, durant les mois de juillet et août, les bourses étudiantes sont suspendues, comme le rappellent les associations étudiantes. Florian Rippert, cofondateur de Studhelp, une association contre la précarité étudiante, note que « les mois de juin, juillet et août sont une période anxiogène ». En août 2024, le syndicat étudiant Unef rapportait que le coût de la vie étudiante avait augmenté de plus de 27 % depuis 2017. En parallèle, Cop1 a estimé que 51 % des étudiants déclaraient ne pas réussir à « boucler » leurs fins de mois et 44 % affirmaient pouvoir basculer dans la pauvreté.
Interrogé sur la précarité étudiante, Plum estime que les jeunes sont particulièrement exposés à des difficultés financières. Les dépenses liées au logement et l’entrée parfois difficile sur le marché du travail réduisent « la capacité d’épargner » des jeunes. L’association Studhelp indique que 83,5 % de leurs bénéficiaires prévoient de travailler cet été, tandis que 16,5 % déclarent partir en vacances. La pression financière rend cette période particulièrement « anxiogène » pour ces étudiants, avec 58 % d’entre eux travaillant pour pallier leurs charges courantes et 36,8 % épargnant pour financer leurs futures études.
L’isolement social chez les étudiants est également préoccupant. En 2024, 41 % des étudiants français se sentent souvent, voire toujours, seuls, un phénomène largement supérieur à l’ensemble de la population française, qui s’établissait à 18 % en 2021.
Le 11 juin dernier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi visant à indexer les bourses étudiantes sur l’inflation et à créer deux mensualités supplémentaires, versées en juillet et en août, pour aider les étudiants à gérer leurs dépenses. Cette proposition est actuellement en cours d’examen au Sénat.
Les associations souhaitent jouer un rôle central dans le débat public, notamment en participant à l’élaboration de solutions concrètes. Reste à savoir si elles parviendront à faire front commun.
Source : Plum, Cop1, Studhelp, Unef