Comment l'industrie pharmaceutique indienne alimente la crise des opioïdes en Afrique de l'Ouest

Comment l’industrie pharmaceutique indienne alimente la crise des opioïdes en Afrique de l’Ouest

L’Afrique de l’Ouest, autrefois considérée comme une simple zone de transit pour le trafic de drogues, est devenue un marché majeur pour les opioïdes. Les pays comme le Ghana, la Sierra Leone, le Sénégal, le Nigeria et la Côte d’Ivoire font face à une crise croissante liée à la consommation de ces médicaments, entraînant des milliers de décès et mettant à mal des systèmes de santé déjà fragiles.

Selon des estimations, près de 30 % de la population d’Afrique de l’Ouest utilise du tramadol, tandis que 11 % consomment de la codéine, faisant de ces opioïdes sur ordonnance les substances les plus répandues dans la région.

En réponse à cette situation alarmante, les dirigeants de la Sierra Leone et du Libéria ont déclaré l’état d’urgence national en 2024. Au Ghana, l’Agence nationale de sécurité du médicament a signalé une augmentation de la consommation abusive de tapentadol, surnommé localement « Red ». Les causes sous-jacentes de cette crise incluent la pauvreté, le chômage et un dysfonctionnement des institutions, incitant une jeunesse vulnérable à se tourner vers la drogue.

Des enquêtes révèlent que la majorité des opioïdes consommés en Afrique de l’Ouest proviennent d’Inde. Ce pays a exporté plus de 1 400 lots de tapentadol, d’une valeur d’environ 130 millions de dollars, vers plusieurs États de la région.

L’Inde, premier producteur mondial de médicaments génériques, est souvent accusée de saturer le marché africain avec des opioïdes illicites. Une enquête a révélé qu’Aveo Pharmaceuticals, une entreprise indienne, a exporté un mélange dangereux de tapentadol et de carisoprodol, malgré l’interdiction de ce produit au niveau mondial. Bien que les autorités indiennes aient saisi les stocks de cette entreprise, des investigations récentes montrent que le trafic d’opioïdes, dont le tapentadol, continue d’augmenter.

Des entreprises indiennes auraient expédié plus de 320 millions de comprimés vers l’Afrique de l’Ouest, la valeur de ces exportations passant de 27 millions de dollars entre 2020 et 2022 à près de 130 millions de dollars entre 2023 et 2025. Plus de 80 % de ces exportations ont été dirigées vers la Sierra Leone et le Ghana, facilitant le transport vers d’autres pays.

Le manque de contrôle réglementaire en Inde est souvent cité comme un facteur clé de cette crise. Les autorités indiennes n’interviennent que si les produits sont commercialisés sur le marché local, laissant un vide dans la régulation des exportations. De plus, des entreprises indiennes continuent de profiter de cette situation, alors que seules deux d’entre elles sont officiellement autorisées à produire du tapentadol pour l’exportation.

La coopération entre l’Inde et les pays d’Afrique de l’Ouest est essentielle pour lutter contre cette crise. Des mes telles que des politiques transnationales efficaces et un meilleur contrôle des frontières sont nécessaires pour endiguer le fléau des opioïdes.

La situation est exacerbée par la difficulté à contrôler les frontières en Afrique de l’Ouest, où les flux de drogues sont souvent difficiles à contenir. L’absence de systèmes fiables de collecte de données sur la consommation de drogue complique également l’évaluation de l’ampleur de ce phénomène.

Source : France 24

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