Le textile africain : l'alternative crédible à l'Asie textile

Le textile africain : l’alternative crédible à l’Asie textile

Le 30 juin, au Parlement européen à Bruxelles, une rencontre a eu lieu à l’invitation du député européen François Kalfon, réunissant l’Ambassadeur Bruno Delaye, Virginie Cayzeele de Kiabi, Arvind Mathur et Létondji Beheton d’ARISE/Panafritex, ainsi que Belinda Edmonds de l’African Cotton Foundation. L’objectif principal était de discuter du potentiel du continent africain en tant que solution majeure pour l’approvisionnement textile en Europe.

Une domination asiatique préoccupante pour l’industrie européenne

François Kalfon a ouvert le débat en soulignant la nécessité pour l’Europe d’ouvrir son marché au textile africain. Bruno Delaye a ensuite présenté des chiffres révélateurs : depuis 2012, le commerce extérieur européen de textile et d’habillement a connu une augmentation de 20% pour les exportations et de 24% pour les importations. Cependant, ce progrès dissimule un déséquilibre alarmant, avec un déficit commercial du secteur dépassant les 60 milliards d’euros en 2023, dont près d’un tiers des importations textiles provient de Chine.

Cette domination asiatique s’explique par la fin de l’Accord multifibres en 2005, qui a libéralisé le marché européen, ainsi que par des tarifs douaniers américains qui ont redirigé des volumes vers l’Europe. Les fabricants asiatiques bénéficient d’une compétitivité-prix et d’une exploitation des lacunes réglementaires en Europe, notamment par des plateformes de fast fashion.

Un modèle africain prometteur

Dans ce contexte, le modèle de production textile en Afrique apparaît comme une alternative viable. ARISE IIP, à travers sa filiale Panafritex, promeut une transformation locale intégrée, allant de l’égrenage du coton jusqu’au produit fini. Actuellement, 11 projets sont en cours dans 8 pays africains, avec un objectif de production de 900 tonnes par jour et la création de 130 000 emplois directs.

Le Bénin est un exemple de ce modèle « farm-to-fashion », où des unités industrielles comme BTC et Btex augmentent la valeur du coton brut et approvisionnent des marques internationales telles qu’H&M et Kiabi. De plus, ce modèle inclusif emploie 44% de femmes et 70% de jeunes de moins de 25 ans.

Un besoin d’engagement de l’Union européenne

Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’un engagement actif de l’Union européenne pour réaliser le potentiel africain. Cela inclut la mobilisation de capitaux pour l’industrialisation, la création de mécanismes de garantie pour les exportateurs, et le co-investissement dans les infrastructures. L’UE pourrait également inciter les marques à diversifier leurs approvisionnements en Afrique.

Enfin, des initiatives réglementaires, telles que la suppression des exonérations de droits de douane pour certains colis et l’introduction de normes de durabilité, visent à orienter les comportements des consommateurs et à réduire l’influence asiatique sur le marché textile européen.

Source : Fanny Chauffeton pour NSI Group

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