La Lune, entre mythes et réalités : les crêtes de lumière éternelle dévoilées
Aucun point de la Lune n’est illuminé de manière permanente. Près du cratère Shackleton, au pôle sud lunaire, deux crêtes, surnommées « pics de lumière éternelle », ne reçoivent en réalité la lumière solaire qu’environ 94 % du temps sur une année lunaire, selon les relevés topographiques récents. C’est précisément sur ces arêtes rocheuses, étroites de quelques centaines de mètres, que la NASA et Blue Origin envisagent d’atterrir avec leurs prochains engins.
Un mythe vieux de près de deux siècles
L’idée d’une Lune baignée de lumière perpétuelle remonte à 1837, lorsque les astronomes Wilhelm Beer et Johann Heinrich Mädler ont théorisé l’existence de sommets lunaires toujours éclairés. Ce concept a été popularisé par l’astronome français Camille Flammarion en 1879. Cependant, il a fallu attendre 1994 et la sonde américaine Clementine pour obtenir des images confirmant que certaines crêtes lunaires restaient éclairées durant un été lunaire.
Les observations initiales se limitaient à 71 jours de données, en plein été polaire, sans vérifier ce qui se passait en hiver, lorsque le Soleil disparaît sous l’horizon.
Ce que les mes précises ont changé
Des missions ultérieures, comme celle de la sonde japonaise SELENE et du Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA, ont affiné ces données. SELENE a établi qu’un pic du cratère Peary reçoit la lumière solaire pendant 89 % d’une année lunaire. Au pôle sud, une étude combinant les images de Clementine et la topographie de SELENE a révélé que deux points situés à seulement 8 kilomètres l’un de l’autre le long d’une crête partant du cratère Shackleton sont illuminés à environ 94 % sur une année lunaire.
Pourquoi la NASA vise quand même ces crêtes
Bien que 94 % ne soit pas 100 %, cela reste significatif par rapport au reste de la surface lunaire, qui connaît des nuits de près de 14 jours terrestres consécutifs. Ce compromis a guidé la NASA dans le choix de son site d’atterrissage pour la mission Moon Base I, qui doit se poser sur la Shackleton Connecting Ridge. Le lancement est prévu pour l’automne 2026.
Le vrai défi : gérer le petit pourcentage d’obscurité
Pour les ingénieurs, 6 % d’ombre par an n’est pas négligeable. Ils doivent concevoir un habitat capable de résister à des températures pouvant descendre entre 25 et 70 kelvins lorsque le Soleil disparaît. Cela implique l’utilisation de batteries, une isolation thermique renforcée et des systèmes adaptés aux cycles thermiques extrêmes. Les missions test, comme celles du rover VIPER, visent à vérifier la durabilité du matériel avant d’envoyer des humains pour des séjours prolongés.
Ainsi, bien que le pôle sud lunaire ne soit pas le lieu d’un soleil éternel, il représente une opportunité suffisante pour justifier une avancée technologique significative. Reste à déterminer quelle crête accueillera en premier un atterrisseur commercial, une décision qui se précisera dans les mois à venir, en fonction des essais de Blue Moon et du calendrier Artemis de la NASA.
Sources : futura-sciences.com, tameteo.com
