Vos parents entrent en Ehpad ? Cette obligation financière est souvent ignorée
La dépendance, souvent perçue sous un angle humain ou médical, représente également un enjeu patrimonial majeur. En France, les frais liés à un hébergement en Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (Ehpad) dépassent fréquemment 2 000 euros par mois, et peuvent même être plus élevés selon les établissements. Lorsque les ressources financières d’un parent, telles que sa retraite ou son épargne, ne suffisent plus à couvrir ces coûts, la solidarité familiale entre en jeu. Les enfants peuvent alors être légalement tenus de participer aux frais, même avant que les aides publiques n’interviennent.
Cette solidarité ne s’arrête pas avec le décès du parent. Certaines prestations versées par les départements ou les organismes sociaux peuvent être récupérées sur la succession, réduisant ainsi l’héritage transmis aux descendants. Maître Véronique Dejean de la Bâtie, notaire, souligne : « On mélange souvent deux mécanismes différents : la solidarité familiale, qui repose sur l’obligation alimentaire, et la solidarité nationale, lorsque le département avance certaines aides qu’il pourra ensuite récupérer sur le patrimoine du défunt. »
Obligation alimentaire : dans quels cas les enfants doivent-ils payer pour un parent dépendant ?
Selon les articles 205 à 211 du Code civil, une obligation alimentaire réciproque existe entre ascendants et descendants. Lorsqu’un parent ne peut plus faire face aux frais liés à sa dépendance, ses enfants peuvent être sollicités pour compléter le financement. Cette obligation est distincte de celle d’entretien envers les enfants mineurs ou jeunes majeurs. Maître Dejean de la Bâtie précise : « L’obligation alimentaire suppose précisément que la personne ne puisse plus faire face seule à ses dépenses. »
La plupart du temps, ces obligations s’exécutent spontanément. Il suffit qu’un Ehpad indique que la dette n’est pas réglée pour que les enfants interviennent. Dans la majorité des cas, il n’est même pas nécessaire de saisir un juge. De plus, l’obligation alimentaire ne concerne pas uniquement les enfants : en vertu de l’article 206 du Code civil, les gendres et belles-filles y sont également tenus tant que le mariage avec leur conjoint est en cours.
Comment est calculée la participation de chaque enfant ?
La contribution financière n’est pas automatiquement divisée à parts égales entre les frères et sœurs. Elle est évaluée en fonction des ressources et des charges de chacun. Les juges prennent en compte les revenus, le patrimoine, la situation familiale, ainsi que les personnes déjà à charge. « La participation est proportionnelle au patrimoine des enfants et à celui de la personne à protéger », résume Maître Dejean de la Bâtie.
Succession : quelles aides peuvent être récupérées sur l’héritage ?
Il est essentiel de distinguer les aides publiques. Par exemple, l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), qui finance une partie des dépenses liées à la perte d’autonomie, n’est pas récupérable sur la succession. En revanche, l’aide sociale à l’hébergement (ASH), accordée lorsque les ressources d’une personne âgée sont insuffisantes pour couvrir son séjour en Ehpad, peut être récupérée. Le département peut exercer un recours sur succession pour récupérer tout ou partie des sommes versées.
La mauvaise surprise qui peut arriver plusieurs mois après le décès
Il arrive que cette récupération ne soit pas immédiatement connue. Les délais de réponse des administrations peuvent retarder le règlement définitif d’une succession. Maître Dejean de la Bâtie évoque des situations délicates où des héritiers, après avoir vendu un bien immobilier, ont dû mettre en place un échéancier pour rembourser des sommes réclamées plus d’un an après le décès.
Peut-on protéger son patrimoine avant une perte d’autonomie ?
Face à l’augmentation des coûts liés à la dépendance, de nombreux retraités s’interrogent sur les moyens de préserver la transmission de leur patrimoine. Maître Dejean de la Bâtie recommande d’anticiper la dépendance en prenant dès aujourd’hui les décisions nécessaires. Elle suggère d’utiliser des actes patrimoniaux, comme des donations ou des testaments, pour organiser à l’avance certaines décisions.
Dans quels cas un enfant peut-il être dispensé de payer ?
L’obligation alimentaire n’est pas absolue. L’article 207 du Code civil permet au juge de décharger un enfant de son obligation si le parent a gravement manqué à ses obligations envers lui, par exemple en cas d’abandon ou de violences. La jurisprudence a confirmé cette possibilité dans plusieurs cas.
En conclusion, la prise en charge des frais d’hébergement en Ehpad représente un enjeu financier important pour les familles. Il est crucial d’être informé sur ses obligations et d’anticiper ces situations pour éviter des complications futures.
Source : Capital
