Des molécules indispensables à la vie se formeraient dans le milieu interstellaire
Comment la vie a-t-elle émergé sur Terre ? Bien que cette question reste sans réponse définitive, des chercheurs explorent l’origine des molécules essentielles à la vie, comme celles impliquées dans la synthèse de l’ADN et de l’ARN. Une hypothèse envisage que ces molécules se soient formées dans le milieu interstellaire avant d’être apportées sur notre planète par des météorites. Des études antérieures suggéraient que la formation de composés clés, tels que ceux du cycle de Krebs, nécessitait des conditions spécifiques, notamment des températures élevées et un environnement fortement oxydant. Cependant, des molécules organiques, y compris des acides carboxyliques, ont été détectées dans divers endroits de l’espace, remettant en question ces scénarios.
Des recherches menées par Cornelia Meinert et ses collègues de l’institut de chimie de Nice ont reproduit expérimentalement les conditions extrêmes du milieu interstellaire. Ils ont réussi à synthétiser toutes les molécules impliquées dans le cycle de Krebs, un processus métabolique essentiel découvert en 1937 par Hans Krebs. Ce cycle, qui se déroule dans le cytoplasme des cellules procaryotes et dans les mitochondries des cellules eucaryotes, est crucial pour la production d’énergie à partir de la dégradation du glucose.
L’analyse de la météorite de Murchison, tombée sur Terre en 1969, a révélé des nanoparticules recouvertes de glace irradiée par des rayons cosmiques. Ces nanoparticules proviennent de nuages moléculaires riches en gaz et en poussières dans l’espace interstellaire. La glace interstellaire recouvrant ces grains contient des molécules qui, exposées aux rayons cosmiques, pourraient donner naissance aux éléments organiques du cycle de Krebs. Pour valider cette hypothèse, les chercheurs ont reproduit en laboratoire les conditions physicochimiques d’un nuage moléculaire vieux de plus de 10 millions d’années, à une température de -263 °C, et dans un vide poussé.
Les résultats ont montré que, après exposition à un flux d’électrons simulant les rayons cosmiques, et en élevant progressivement la température jusqu’à 27 °C, tous les complexes organiques du cycle de Krebs avaient été synthétisés. Cette avancée soulève des questions sur la possibilité que d’autres planètes puissent abriter des formes de vie avec des processus métaboliques similaires.
Ce travail sur la synthèse abiotique de molécules complexes dans l’espace pourrait avoir des implications profondes pour notre compréhension de l’origine de la vie. Si les conditions pour la formation de ces molécules sont courantes dans l’univers, il est envisageable que des formes de vie similaires à celles que nous connaissons existent ailleurs.
Source : Pour la Science
