Pendant que la France débat de souveraineté IA, le Portugal a livré la sienne pour 7 M€
Le 1er juillet 2026, le gouvernement portugais a officiellement présenté Amália, son premier grand modèle de langue (LLM) ouvert, développé en portugais européen. Cet événement, organisé au centre d’innovation de l’Instituto Superior Técnico à Lisbonne, marque le passage en code ouvert d’un modèle dont la version de base avait été livrée en septembre 2025. Financé par le Plan de relance et de résilience (PRR), l’investissement public s’élève à 7 millions d’euros d’ici 2027. Ce développement soulève une question pertinente : comment un pays de dix millions d’habitants parvient-il à livrer un LLM souverain alors que la France, malgré ses ressources et un champion mondial, ne dispose toujours pas d’un modèle de langue public ?
Selon le communiqué officiel du gouvernement portugais, Amália est le fruit d’un consortium d’universités et de centres de recherche mobilisant plus de soixante chercheurs. La coordination est assurée par la NOVA University de Lisbonne, en collaboration avec l’Instituto Superior Técnico et les universités de Coimbra, Porto et Minho, soutenues par la Fondation pour la science et la technologie (FCT). Le modèle est mis à disposition en code ouvert sous licence Apache 2.0 sur la plateforme Hugging Face.
Amália est entraîné pour comprendre le texte, les documents, les images et la parole, s’adaptant au contexte juridique et à la réalité nationale. Ce modèle est constitué de plusieurs modèles distincts (texte, vision, reconnaissance de la parole), et son cœur textuel, un modèle de 9 milliards de paramètres, s’appuie sur des modèles de base déjà développés, tels qu’EuroLLM-9B et GlorIA. L’adaptation de ces modèles existants permet de réduire considérablement les coûts, rendant le projet soutenable pour un budget public modeste.
Le modèle portugais s’inscrit dans une méthode éprouvée en Europe, consistant à partir d’un socle ouvert, l’adapter à un contexte national, et publier les résultats en open source. D’autres initiatives similaires ont été menées en Espagne et en Allemagne, où des modèles ont été développés avec le soutien de supercalculateurs publics.
En revanche, la situation en France est marquée par l’absence d’un modèle public. Bien que la France dispose d’un acteur majeur, Mistral AI, qui propose des modèles de poids ouverts, il s’agit d’une initiative privée, sans financement public. Le modèle le plus proche développé par l’État, nommé Albert, ne constitue pas un modèle de langue entraîné sur fonds publics.
La France a déjà connu un effort marquant avec BLOOM, un modèle multilingue de 176 milliards de paramètres, mais qui ne répond pas à la nécessité d’un modèle national dédié au français. Le débat sur la souveraineté numérique en France s’est intensifié ces dernières années, mais n’a pas encore abouti à un modèle public similaire à Amália, malgré des discussions et des investissements.
Néanmoins, l’exploit portugais présente des limites. Amália, bien qu’innovant, reste une adaptation d’un socle existant et n’atteint pas les niveaux de performance des systèmes de pointe américains ou chinois. La présentation d’Amália comme une « alternative aux géants américains » doit être interprétée avec prudence, car le discours officiel met davantage l’accent sur la souveraineté et la transparence.
En conclusion, le Portugal démontre qu’un LLM souverain, ouvert et adapté à sa langue peut être réalisé grâce à un consortium universitaire et un financement public ciblé. Cela pose à la France une question cruciale : avec les ressources et infrastructures disponibles, pourquoi ne pas développer un modèle public national similaire ?
Source : ActuIA
