Canicule :

Canicule : Le blanc reflète la lumière, donc la feuille chauffe moins

Dans le Beaujolais, la canicule impacte les viticulteurs. Ils cherchent des moyens pour empêcher leurs raisins de dessécher, comme pulvériser du carbonate de calcium ou du talc pour blanchir grappes et feuillages.

Canicule oblige, pour empêcher les grains de raisins de sécher sur les plants, les vignerons expérimentent une méthode pour protéger leurs vignes. À seulement 10h du matin, il règne déjà une chaleur de plomb dans les vignobles du Beaujolais. La société coopérative propose cette année un nouveau produit : le carbonate de calcium à pulvériser sur les plantes pour les protéger du soleil. Frédéric Berne, vigneron de Lantignié, s’y rend. Sur la route, sa voiture suit un tracteur. « Généralement c’est l’heure où les tracteurs rentrent, » dit-il. « Après, ça ne devient plus tenable dans la cabine de conduite du tracteur. C’est de plus en plus extrême, des canicules comme celle-là, aussi longues, c’est rare. »

À la coopérative de Villié-Morgon, dans le Rhône, Loane Cimetière est technico-commerciale à Ecovigne, où elle dispose le produit en question dans les rayons. « Cela va vraiment venir faire un film protecteur sur la baie, cela va résister 21 jours. C’est quelque chose qui va s’appliquer de nouveau, comme une crème solaire quand on va dans l’eau. »

Frédéric a réservé quelques bidons pour des retouches, une chance car les stocks du produit s’amenuisent rapidement. « Le souci, » indique le responsable du magasin, « c’est qu’il y a même des ruptures chez le fournisseur en ce moment, nous avons passé commande, mais le fournisseur est dépouillé. » Des sacs de talc sont également en vente, servant à blanchir les feuilles.

Une solution peut-être moins simple à utiliser que le carbonate de calcium, dont les ventes explosent. Frédéric Berne fait la démonstration : « C’est un produit liquide, donc ça fait un peu comme une pâte à crêpes. C’est de la craie ou du calcaire broyé très finement. » Le carbonate est un produit utilisable en bio, dilué dans l’eau. Il fait office de brume solaire et est à peine visible sur les feuilles de ses vignes. « Le blanc doit refléter la lumière, donc la feuille doit moins chauffer, » explique le vigneron.

Vigneron en biodynamie, Frédéric Berne a traité 98% de ses parcelles la semaine dernière. Il a cependant gardé quelques rangs pour évaluer l’efficacité du procédé. « Le verdict va tomber, » dit-il d’un ton enjoué. Puis il constate : « Ah oui, il y a quand même de l’effet, » en saisissant une feuille intacte. Quelques pieds de vignes plus loin, il montre des plants non traités. « Là, je n’ai pas traité, et on voit qu’il y a un petit peu plus de coups de soleil. » Les feuilles sont sèches et brunies par le soleil.

À 55 euros le traitement à l’hectare, Frédéric estime cela rentable. « Même si ça protège à 90 %, ça me fait vite deux à 3000 € de gagné. » Cette expérimentation, il en partage les résultats avec ses collègues qui plantent aussi des arbres pour produire de l’ombre et qui soignent naturellement leurs vignes.

« Le pire, c’est de ne rien faire, c’est de subir. Pour moi, au moins, là on aura essayé. C’est important pour nous de se dire on a tout donné pour que nos plantes soient au top, » conclut-il. Cette expérimentation ne vise pas un remède miracle mais un avenir durable dans le Beaujolais.

Article rédigé d’après le reportage de V. Benais et Jean-Marc Nouck-Nouck.

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