Biennale de Venise 2026 : Une Édition en Prise avec les Fracas de l’Époque
Le bruit et la fureur, en mode mineur : la Biennale de Venise 2026 porte en elle de nombreux paradoxes. Traversée de deuils et de légèreté, d’engagements et de vacuité, elle s’avère unique en son genre. Politique comme rarement, marquée de polémiques et de rebondissements, elle résonne avec un monde complètement déréglé.
L’ombre bienveillante de Koyo Kouoh, directrice artistique décédée en mai 2025, a donné à l’ensemble un étrange sentiment de plénitude. Au pavillon central des Giardini, son parcours, dessiné avec son équipe de quatre curateurs, s’ouvre sur une œuvre majestueuse de la Cubaine María Magdalena Campos-Pons, célébrant à la fois Kouoh et l’écrivaine Toni Morrison.
De l’Amour, de la Magie
« On ne peut pas constamment s’agripper à la crise. Il faut de l’amour, il faut de la magie », proclamait Morrison. Cette idée se matérialise dans l’œuvre Anatomy of the Magnolia Tree for Koyo Kouoh and Toni Morrison, qui présente sept magnolias sculptés de résine et de verre.
Intitulée « En mode mineur », la biennale invite à ralentir le pas. Koyo Kouoh croyait que « la musique continue » même dans le chaos actuel. Des artistes comme Big Chief Demond Melancon, Celia Vásquez Yui et Seyni Awa Camara ouvrent le parcours avec des œuvres évoquant réconciliation et connexion avec la terre mère.
La Nature entre Rêve et Cauchemar
Le végétal est un leitmotiv, avec des œuvres qui soulignent la puissance réparatrice des plantes. Les grimpantes d’Otobong Nkanga s’accrochent à la façade du pavillon central, tandis que Wangechi Mutu évoque l’esprit des monts sacrés du Kenya dans son jardin d’Éden.
Uriel Orlow présente un projet cartographiant les origines des plantes entre les Giardini et l’Arsenale, renforçant l’idée de leurs migrations fertiles. En parallèle, Bonnie Devine évoque la cartographie bouleversée des Grands Lacs, liant son œuvre à l’histoire des Premières Nations.
Mémoire de l’Esclavage et Fantômes de la Guerre
Des moments de respiration se mêlent à des tragédies humaines. L’artiste Adebunmi Gbadebo, avec de la terre rouge des cimetières des plantations de Caroline du Sud, a sculpté des urnes funéraires, témoignant d’un processus de réparation.
Les fantômes de Gaza hantent également cette biennale. Bien que l’équipe curatoriale refuse d’en faire un manifeste, elle a accordé une place majeure aux artistes palestiniens. Un poème de Refaat Alareer ouvre l’Arsenale, tandis que des œuvres de Mohammed Joha et Vera Tamari évoquent la destruction et la mémoire.
Un Chant de Drones
Le vernissage a été marqué par des manifestations. Le 8 mai, plus de 3 000 personnes se sont rassemblées pour protester contre la présence du pavillon israélien, clamant « No art washing ! ». Ce mouvement, dirigé par le collectif Anga, a vu de nombreux artistes et curateurs appeler à la grève, un événement sans précédent depuis les manifestations de 1968 et 1974.
L’institution a réagi en organisant un « prix du public », mais la majorité des artistes ont refusé cette initiative. Des pavillons nationaux, dont ceux de la France, du Liban et de l’Ukraine, ont fermé leurs portes en signe de protestation.
Conclusion
La Biennale de Venise 2026, en prise avec les enjeux contemporains, pose la question de l’art comme outil de résistance et de réconciliation. Reste à voir comment cette édition se remettra de ces profondes remises en question dans un contexte incertain.
Source : Beaux Arts Magazine.
