Peut-on vraiment payer pour disparaître au Japon ? – franceinfo

Sur TikTok, des vidéos affirment qu’il serait possible, dans l’archipel nippon, de s’évaporer contre quelques milliers d’euros et que ce serait « 100 % légal ».

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Businessman standing on a pedestrian crossing (Yagi Studio / Stone RF)
Businessman standing on a pedestrian crossing (Yagi Studio / Stone RF)

C’est sur TikTok que Rayane, élève au collège Jean Perrin à Nanterre, a vu qu’au « Japon on peut payer et disparaître sans laisser de trace, et ça serait 100 % légal« . Il se demande si c’est vrai.

Ce que Rayane a vu est en grande partie vrai. Ce phénomène existe bien au Japon, où il est désigné par le terme « johatsu », signifiant littéralement les « évaporés ». Chaque année, environ 100 000 Japonais choisissent de disparaître volontairement, abandonnant leur travail, leur maison et leur famille pour recommencer leur vie ailleurs, sans laisser de trace.

Documenté depuis les années 1960, ce phénomène a connu une forte augmentation dans les années 1990, suite à l’éclatement d’une bulle économique qui a plongé de nombreux salariés dans le chômage et le ndettement. Ce basculement social a été vécu par beaucoup comme un déshonneur, engendrant ce que certains appellent un « suicide social ».

Pour faciliter leur départ, certains johatsu font appel à des entreprises spécialisées, appelées « yonige-ya », ou « déménageurs de nuit ». Le jour, ces sociétés fonctionnent comme des entreprises de déménagement classiques, mais la nuit, elles aident leurs clients à disparaître discrètement, en vidant leur logement et en les installant ailleurs sans laisser d’adresse.

Le coût de ces services peut atteindre environ 6 000 euros pour une prestation complète, incluant le transport, l’hébergement temporaire et parfois un soutien psychologique. La journaliste française Léna Mauger, auteure du livre Les Évaporés du Japon, a documenté cette économie de l’ombre et a rencontré un ancien évaporé devenu patron d’une de ces sociétés.

Les raisons de ces disparitions sont variées : échecs scolaires, perte d’emploi, dettes impossibles à rembourser, ou fuite d’un mariage malheureux ou de violences. Léna Mauger a relaté l’histoire d’un ingénieur qui, après avoir perdu son emploi, a simulé ses allées et venues au travail pendant dix jours, avant de disparaître par honte de sa situation.

Ce phénomène est profondément ancré dans un sentiment de honte, de déception et d’échec face aux attentes sociétales. Comme le résume un évaporé rencontré par Mauger : « S’enfuir, c’est courir à la mort. On fuit par-dessus tout la honte, le sentiment d’avoir échoué quelque part.« 

Disparaître volontairement n’est pas illégal, ni au Japon ni en France. Un adulte peut partir sans fournir d’adresse, et en général, la police ne mène pas d’enquête pour un adulte disparu volontairement, sauf en cas de soupçon de crime. Cette absence de recherche contribue à rendre ces disparitions socialement acceptables.

Une spécificité souvent mentionnée est la règle des sept ans : après sept ans sans nouvelles, la famille peut demander à un tribunal de déclarer la personne officiellement disparue, ce qui entraîne des conséquences légales telles que la dissolution du mariage ou l’ouverture de la succession.

Cependant, « 100 % légal » ne signifie pas « sans conséquences ». Les dettes contractées avant la disparition restent dues, et abandonner des enfants mineurs peut entraîner des poursuites. La loi protège la liberté de partir, mais pas l’effacement des obligations.

La vie d’un johatsu est souvent difficile. Beaucoup se retrouvent dans des emplois précaires, dans des quartiers marginaux des grandes villes, comme Sanya à Tokyo. Léna Mauger souligne : « On ne peut pas se reconstruire quand on a tout abandonné derrière soi. » Derrière chaque disparu, il y a des familles qui, parfois pendant des décennies, continuent de chercher leurs proches avec l’aide de détectives privés, car les autorités ne mènent pas d’enquête.

— Source : Franceinfo.

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