Et si on interdisait les pubs climaticides au Tour de France ?
Alors que la France se prépare à accueillir une nouvelle édition du Tour de France cycliste, qui débute le 4 juillet, la question de l’impact environnemental de cet événement sportif revient sur le devant de la scène. Selon les chiffres fournis par l’organisation du Tour, l’édition 2021 a généré une empreinte carbone de 216 388 tonnes équivalent CO₂ (tCO₂e), incluant l’organisation matérielle et les déplacements des spectateurs. Ce chiffre est comparable aux émissions mensuelles en gaz à effet de serre de l’ensemble des habitants de Bordeaux ou de Lille.
Cependant, cette évaluation ne prend pas en compte un facteur essentiel : la publicité. Présente à chaque étape du Tour et lors des retransmissions télévisées, la publicité incite à la surconsommation de produits et services, également coûteux en émissions de gaz à effet de serre. Ce phénomène a pris de l’ampleur au fil des décennies, rendant nécessaire un éclairage sur ce poste.
Des pubs présentes depuis toujours
Dès sa création en 1903 par Henri Desgrange, le Tour de France a été conçu pour dynamiser les ventes du quotidien L’Auto, intégrant ainsi une composante publicitaire. Au fil des ans, la nchère commerciale a atteint des sommets, avec des équipes de marques sponsorisées et une caravane publicitaire qui précède les coureurs. Aujourd’hui, les messages publicitaires sont omniprésents, touchant à des secteurs allant de l’alimentation aux hydrocarbures.
Interdire SUV et énergies fossiles ?
Le Tour de France est souvent critiqué pour ses atteintes à l’environnement, que ce soit à travers le passage des coureurs, les véhicules d’accompagnement, ou encore les foules de spectateurs. Malgré cela, l’équipe organisatrice affiche sa volonté de lutter contre le changement climatique avec le slogan « C’est mon tour j’agis » et la doctrine ERC (éviter-réduire-compenser). Toutefois, les estimations actuelles suggèrent que l’empreinte totale de l’épreuve pourrait atteindre environ 1 million de tonnes de CO₂e, soit plus du quadruple de la dernière estimation officielle.
Les grands événements sportifs internationaux doivent désormais repenser leur approche en matière de publicité. Une réflexion s’impose sur la possibilité d’interdire la participation des secteurs les plus polluants, tels que les énergies fossiles ou les fabricants de SUV, à l’instar de la loi Évin de 1991, qui a interdit la publicité pour le tabac.
En somme, si le Tour de France souhaite réellement afficher une ambition écologique, une remise en question profonde des moyens alloués à la publicité est impérative.
Source : Laurent Castaignède, Le Revers de la médaille, Écosociété, mai 2026.
