Dialogue à Genève : encadrer l’IA pour éviter des « dommages catastrophiques »
Pendant deux jours, les gouvernements, entreprises technologiques, chercheurs et représentants de la société civile se réunissent à Genève pour le premier dialogue mondial de l’ONU sur la gouvernance de l’intelligence artificielle (IA). L’objectif est de définir des cadres réglementaires adaptés à une technologie qui évolue plus rapidement que les règles censées la réguler. Utilisée de manière responsable, l’IA a le potentiel de transformer la vie de milliards de personnes. Cependant, cette révolution technologique suscite des inquiétudes croissantes, alors que les garde-fous pour prévenir ses dérives peinent à suivre son avancée.
À l’approche de cette réunion, ONU Info a interviewé quatre participants clés : les coprésidents du dialogue mondial et ceux du groupe scientifique indépendant sur l’IA, mandaté par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce groupe, composé de 40 chercheurs internationaux, a récemment publié un rapport sur les opportunités et les risques liés à l’IA. Tous les intervenants soulignent à la fois les bénéfices de cette technologie et les dangers qu’elle pose, ainsi que la nécessité d’établir des garde-fous mondiaux reconnus.
Yoshua Bengio, chercheur canadien et co-président du groupe scientifique, a déclaré : « L’intelligence artificielle atteint, voire dépasse, les capacités humaines dans de nombreux domaines. Son développement progresse plus vite que notre compréhension scientifique et que la capacité des gouvernements à s’y adapter. »
Rein Tammsaar, ambassadeur de l’Estonie à l’ONU et co-président du dialogue, a ajouté : « Pour de nombreux pays, l’intelligence artificielle pourrait constituer un formidable levier de réduction des inégalités. Elle peut soutenir le développement économique et améliorer les systèmes de santé. »
Egriselda López, ambassadrice d’El Salvador à l’ONU, a souligné que l’IA peut aider les gouvernements à améliorer leurs services publics, mais a aussi averti des risques : « Si elle tombe entre de mauvaises mains, elle peut servir à des fins de coercition et éroder la confiance envers les gouvernements. »
Maria Ressa, journaliste philippine et co-présidente du groupe scientifique, a mis en garde contre l’utilisation de l’IA sur les réseaux sociaux, soulignant son rôle dans la diffusion de fausses informations. Elle a évoqué un « Armageddon de l’information » si l’on ne parvient pas à distinguer les faits de la fiction.
Le rapport du groupe scientifique, publié le 1er juillet, souligne que les entreprises qui développent les modèles d’IA les plus avancés sont principalement basées aux États-Unis et en Chine, ce qui soulève des interrogations pour le reste du monde. Les pays en développement craignent d’être laissés pour compte dans cette course technologique.
Le dialogue mondial à Genève représente une plateforme importante pour les États membres afin d’engager une discussion inclusive sur la gouvernance de l’IA. Maria Ressa a conclu en affirmant qu’« aucun pays ne peut, à lui seul, faire face à cette technologie », appelant à une réponse multilatérale dirigée par l’ONU.
Source : ONU Info
