Plus vous avez souffert de la guerre, plus vous êtes pour la réconciliation
Nicosie (République de Chypre), envoyée spéciale.
Christos Efthymiou a enfin retrouvé son frère. Quarante-trois ans après, sans effusions, même pas de sang. Antonis est mort, et c’est ce corps entièrement brûlé qu’il reste à enterrer dignement. Tout fraîchement diplômé en génie électrique, âgé de 24 ans à peine lors de l’invasion turque de Chypre en 1974, le réserviste se retrouve dans une embuscade et perd le contact avec son unité.
« Ils étaient très faiblement armés, ils se sont retrouvés encerclés par des tanks. Certains soldats ont battu en retraite, d’autres ont été faits prisonniers et très peu ont réussi à rejoindre leur ligne », détaille Christos Efthymiou, tentant de contenir une émotion toujours vive malgré ses cheveux blancs. Ce n’est qu’en 2017 que les restes d’Antonis sont retrouvés dans le village de Koutsovendis en République turque de Chypre du Nord (RTCN), au pied des montagnes du Kyrenia.
En 1960, Chypre acquiert le statut de République indépendante, fondée sur un partage du pouvoir entre Grecs chypriotes, majoritaires, et Turcs chypriotes, minoritaires. La Constitution garantissait des droits politiques aux deux communautés avec un système de partage du pouvoir (un président chypriote grec et un vice-président chypriote turc). Les postes publics étaient répartis selon des quotas (environ 70 % grecs, 30 % turcs). Dès 1963, des tensions et violences intercommunautaires, exacerbées par l’ancienne puissance coloniale britannique, entraînent une séparation de fait, avec des enclaves turques sous protection de l’ONU.
Près de cinquante ans après l’invasion turque, les cicatrices de la guerre restent vives. Les survivants, comme Christos, expriment un désir croissant de réconciliation. La souffrance engendrée par le conflit semble renforcer la volonté de construire des ponts entre les communautés, mettant en lumière l’importance de la mémoire collective pour avancer vers un avenir pacifié.
Source : Humanité
