Crises environnementales : le messager pris pour cible en France et en Europe
Malgré plusieurs décennies d’alertes scientifiques, les propositions politiques restent insuffisantes face à l’accélération des crises environnementales. Dans le même temps, la dégradation des écosystèmes se poursuit, accompagnée de souffrances sociales et humaines.
Plutôt que de mettre en place des solutions, certains responsables politiques ou acteurs économiques nient les faits scientifiques et s’attaquent directement aux associations et lanceurs d’alertes. Il est en effet plus facile de noyer ou décrédibiliser un message que de s’attaquer aux racines d’un problème complexe et sociétal. Pourtant, aucune offensive contre la société civile ne changera la réalité des crises sociales et environnementales que nous traversons.
Les organisations de la société civile jouent pourtant un rôle reconnu de contrepoids face à l’influence disproportionnée de certains lobbies industriels ou économiques. En leur absence, qui irait protéger la santé et l’environnement face aux lobbies, qui défendent avec force leurs intérêts économiques ?
De la désinformation aux menaces et violences physiques
En France comme au niveau européen, les associations sont visées par des campagnes de désinformation et des tentatives de musellement par le chantage aux subventions.
Pire encore, les menaces, intimidations et agressions physiques à l’encontre des organisations de la société civile se multiplient. Ces dérives inadmissibles semblent même être encouragées par certains responsables politiques ou représentants d’intérêts privés, qui désignent publiquement les associations comme des « ennemies à abattre », plutôt que des interlocutrices légitimes de la vie publique.
France Nature Environnement et ses associations membres sont régulièrement victimes de dégradations de leurs locaux, et les salarié·es et bénévoles de ces structures menacé·es ou agressé·es physiquement. Des plaintes sont systématiquement déposées, mais l’impunité reste presque toujours de mise, de même que le silence du gouvernement, tout particulièrement lorsque des agressions impliquent des représentants de certaines organisations agricoles.
Les appels à la haine, les menaces et les tentatives de décrédibilisation constituent des atteintes directes aux libertés d’association et d’expression. Lorsqu’une partie de la société civile subit des intimidations pour ses prises de position, c’est l’ensemble du débat démocratique qui se trouve menacé.
Affaiblir la société civile, c’est affaiblir la démocratie
La remise en cause des organisations de la société civile environnementale dépasse le sort des associations concernées. Elle a des conséquences directes et concrètes sur la qualité des décisions publiques :
moins de participation citoyenne
moins de transparence
moins d’expertise indépendante
risque accru de politiques publiques influencées par des intérêts privés
Si les représentants d’intérêts économiques privés ont toute liberté d’action, alors que les représentants des territoires et des populations se voient agressés, ostracisés et bâillonnés, l’évolution de nos règles collectives ne se fera pas dans le sens de l’intérêt général.
Dans un contexte d’accélération des crises écologiques et d’accroissement des inégalités économiques et sociales, affaiblir la société civile revient à se priver d’un levier essentiel de transformation écologique et d’apaisement des relations sociales.
Protéger la société civile pour construire un monde ensemble
La société civile, qu’elle soit environnementale ou sociale, est un pilier de notre société. Par son engagement et son militantisme, elle fait vivre la démocratie jusqu’au cœur des territoires et protège les droits civiques. Elle fait le lien entre les citoyennes et citoyens et les institutions, et nourrit et anime la vie publique de son expertise. Elle contribue à la qualité de la vie publique et à la transparence de l’information. En faisant vivre la démocratie, éclairée par la science, elle facilite l’émergence de solutions écologiques robustes et adaptées aux réalités sociales.
Reconnaître ses multiples rôles, garantir la sécurité de ses militant·es, préserver les libertés publiques, et renforcer les espaces de dialogue démocratique, ce sont des choix politiques structurants pour l’avenir. À l’heure où l’accumulation des crises pousse certain·es au retranchement ou à la division, protéger la société civile, c’est faire le choix du collectif, de l’espérance et de l’action en faveur d’un monde plus équitable et vivable.
Source : France Nature Environnement
