Les Revendications Féministes et les Silences Sélectifs de la Gauche
Fondés à la fin du 19e siècle ou au début du 20e siècle sur des revendications d’égalité, les partis de gauche n’ont pourtant pas toujours défendu l’émancipation féminine et ont parfois même opposé une résistance significative. Paradoxalement, des avancées notables ont pu être réalisées sous l’égide de la droite.
Une Longue Bataille pour les Droits Juridiques
Les inégalités entre les femmes et les hommes ne sont pas apparues avec le Code civil de 1804, instauré en Belgique par Napoléon Bonaparte. Toutefois, ce texte a gravé dans le marbre l’incapacité juridique des femmes mariées, les plaçant dans un statut de « mineure à vie ». L’article 213 du Code soumettait l’épouse à l’autorité totale de son époux.
Au 19e siècle, des hommes, principalement de gauche, ont soutenu le combat des femmes pour leurs droits fondamentaux. L’historienne Éliane Gubin cite François Laurent, un juriste gantois, qui a rédigé en 1879 un projet de réforme du Code civil visant à abolir l’autorité maritale, projet qui a été abandonné lors du retour des catholiques au pouvoir. Ce principe d’autorité maritale ne sera abrogé qu’en 1958, grâce à une coalition socialiste-libérale. La réforme des régimes matrimoniaux, votée en 1976, a enfin instauré l’égalité juridique au sein du couple marié.
Qui a Peur du Vote des Femmes ?
L’ancêtre du Parti socialiste actuel, le Parti ouvrier belge (POB), a affirmé dans sa charte de 1894 l’importance de prendre en compte tous les opprimés. Cependant, la conquête du pouvoir était prioritaire, reléguant les revendications féministes au second plan. Ainsi, les socialistes, unis aux libéraux, ont lutté contre le vote des femmes dès 1902, une initiative soutenue par les catholiques qui craignaient que les femmes, considérées comme « conservatrices de nature », ne votent majoritairement pour la droite.
Une Égalité à Géométrie Variable
La défiance de la gauche vis-à-vis de l’émancipation des femmes est ancrée dans une crainte de division de la classe populaire. Le POB, tout en soutenant des législations protectrices du travail, cherchait à replacer les femmes dans leur « milieu naturel », la famille. Les emplois féminins, souvent moins rémunérés, maintenaient les salaires masculins bas. Dans ce contexte, les droits économiques des femmes étaient peu prioritaires pour la gauche.
Des militantes, telles qu’Émilie Claeys et Isabelle Blume, ont défendu le droit de vote. D’autres figures, comme Louis Frank, ont également soutenu ces revendications. Cependant, le vote des femmes aux élections communales ne sera autorisé qu’en 1920, suivi par l’adoption du suffrage universel en 1948.
L’Émancipation par l’Éducation
Éliane Gubin souligne l’importance d’associer droits politiques et droits économiques pour les femmes. Les libéraux ont initié un féminisme éducatif, visant à généraliser l’éducation des filles, notamment par la création d’écoles secondaires et l’accès progressif aux universités.
La Deuxième Vague Féministe
La dépénalisation de l’avortement est devenue une revendication emblématique. Dans les années 1930, la loi de 1923 punissant sévèrement l’avortement a été largement contestée, notamment au sein de la franc-maçonnerie et des mouvements anarchistes. Ce n’est qu’après de nombreuses mobilisations dans les années 1970 que la dépénalisation partielle de l’avortement a été obtenue en 1990, les sociaux-chrétiens votant contre.
En 2018, l’avortement a été partiellement retiré du Code pénal, mais demeure soumis à des conditions strictes. Actuellement, des partis de droite et d’extrême droite continuent de s’opposer à une réforme plus libérale.
En résumé, aucune force politique n’a jamais totalement défendu les droits des femmes. Malgré des avancées, les partis de gauche ont souvent instrumentalisé les thématiques féministes en fonction de leurs stratégies électorales.
Source principale : Éliane Gubin et diverses études historiques.
