On n’a jamais vécu ça en 54 ans : Foncia alerte sur la crise immobilière
« Ce qu’on vit sur le marché immobilier français aujourd’hui, on ne l’avait encore jamais vu depuis que Foncia existe, depuis 54 ans », a déclaré Zahir Keenoo, PDG de Foncia. Le marché immobilier continue de se replier au premier semestre 2026, dans un contexte de crise structurelle. Le nombre de transactions dans l’ancien a chuté de 7 %, tandis que les annulations de compromis ont augmenté de 11 %. « On peut dire qu’un dossier sur 10 part au tapis », a-t-il ajouté. Les inquiétudes concernant les conditions du marché immobilier, ainsi que le durcissement des conditions d’emprunt et les refus de prêt, sont les principales causes de cette situation.
L’offre locative atteint un niveau historiquement bas depuis la création de Foncia. Le président de l’entreprise met en garde contre une crise du logement locatif qui s’installe, qualifiant la situation de « structurelle, profonde et durable ». En effet, 225 000 candidats locataires jugés qualifiés ont été recensés depuis janvier, soit 30 % de plus que l’an dernier, alors que seulement 8 400 logements sont disponibles à la location au niveau national, dont seulement 70 à Paris. Cette pénurie est particulièrement préoccupante pour les étudiants qui cherchent un logement pour la rentrée.
Les chiffres du bilan semestriel confirment cette tension : les congés locataires ont diminué de 7 %, les relocations de 1 %, et le taux de rotation est tombé à 19,7 %, en recul de 2,5 points sur un an. Le taux d’occupation du parc géré par Foncia est de 90,9 %, et le stock de logements disponibles ne représente que 2,5 % du parc national, avec moins de 1,5 % à Paris, Lyon et Bordeaux.
Cette situation entraîne des difficultés sociales croissantes, fragilisant le pouvoir d’achat. Des centaines de milliers d’étudiants peinent à trouver leur premier appartement et doivent envisager de s’éloigner des grandes villes ou de vivre en colocation. Le désengagement des bailleurs privés, en raison de changements fiscaux et de nouvelles réglementations, contribue également à cette pénurie. « Beaucoup de bailleurs en France sont des retraités qui n’ont pas les moyens d’effectuer de travaux, et préfèrent retirer leur logement de la location », a précisé Keenoo.
Du côté des achats, la crise se manifeste par un cercle de défiance. Les incertitudes économiques incitent les ménages à reporter ou abandonner leurs projets, ce qui impacte les conditions d’emprunt. Les ménages les plus modestes sont les plus affectés par cette dégradation. « Les visites sont là, les projets sont là, mais la décision ne se prend plus. Ce n’est pas un problème d’offre ou de demande, c’est un problème de confiance », a affirmé Jordan Frarier, Président de Foncia Transaction, Développement et Location.
Les taux d’emprunt restent un obstacle majeur. Pour une mensualité de 1 000 euros, la capacité d’emprunt a chuté de 216 400 euros en 2021 à 169 000 euros en 2024. Bien qu’une légère détente ait été observée en 2025, où la capacité était remontée à 178 500 euros, la tendance s’est inversée en 2026, avec un taux d’emprunt atteignant 3,25 % et une capacité retombant à 176 300 euros. « S’il y a des projets, c’est surtout maintenant qu’il faut les réaliser, car nous ne savons pas comment les choses vont évoluer d’ici quelques mois », a conclu Frarier.
Source : Capital
