Canicule : « On est en train de faire crever les gens, patients comme hospitaliers »
Le témoignage est brutal. Il résume les alertes récentes des équipes syndicales dans les hôpitaux. Selon un professionnel de santé, « dans les chambres de certains services, il faisait déjà 32 °C à 10 heures du matin. C’est de la maltraitance institutionnelle. Rien n’a été anticipé depuis 2003. » Vingt-trois ans après la canicule de 2003, qui avait causé près de 15 000 décès en France, la CGT souligne que les établissements de santé demeurent inadaptés aux épisodes de fortes chaleurs.
Des services transformés en fournaises
Les témoignages des personnels de santé décrivent des températures inacceptables pour l’activité de soins. Dans un établissement, il est rapporté qu’« il n’y a plus de pains de glace aux urgences avec des patients en hyperthermie et il fait 40 °C dans les locaux. » Dans un autre service, la température atteint 35 °C à 11 heures du matin. Les patients se sentent mal, et la protection civile est intervenue pour les rafraîchir. Dans un service d’hospitalisation des nourrissons, il fait également 35 °C, sans climatisation ni ventilation.
Les conditions de travail sont également dégradées pour le personnel d’hospitalisation à domicile, qui a alerté sur les réseaux sociaux : « Les conditions de travail pendant la canicule, c’est ça pour les personnels de l’Hospitalisation à Domicile. La direction doit trouver des solutions ! »
Quand la chaleur met les patients en danger
Les conséquences des fortes températures se traduisent par une augmentation des admissions pour hyperthermie, ainsi que par l’aggravation des pathologies chroniques. Les témoignages rapportent que certaines chambres atteignent 36 °C, entraînant une surmortalité anormale avec quatre décès en quatre jours. Les services psychiatriques rencontrent également des difficultés, avec des patients en attente sur des brancards.
La conservation des médicaments est compromise, les températures excédant les limites de conservation, rendant les substances actives moins efficaces. Dans certains véhicules du SAMU, la température dépasse les 50 °C.
Des soins perturbés et des équipes épuisées
La canicule perturbe gravement le fonctionnement des établissements déjà fragiles. La CGT signale des reports d’interventions chirurgicales et des fermetures de salles opératoires. Les appels au centre 15 ont augmenté de manière alarmante, atteignant des hausses de 33 % à 200 %, sans renfort de personnel. Les équipes font face à des semaines de travail dépassant 60 heures, avec suppression des repos et pressions sur les congés.
Les soignants contraints de bricoler
Face à l’absence d’investissements, les équipes improvisent pour faire face à la chaleur. Elles ouvrent les offices pour créer des courants d’air, installent des climatiseurs en urgence, et achètent elles-mêmes du matériel. Un service a réussi à maintenir une température de 24 °C grâce à l’investissement personnel, en nettoyant la climatisation et en achetant du matériel.
Des mes d’urgence pour protéger immédiatement les personnels et les patients
La CGT appelle le gouvernement à agir rapidement pour prévenir les décès évitables. Elle demande l’application immédiate du décret du 27 mai 2025 sur la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur. Parmi les mes réclamées figurent la fourniture d’équipements de protection, le renforcement des effectifs, et un suivi médical renforcé des personnels.
Au-delà de l’urgence : adapter durablement l’hôpital au changement climatique
La CGT plaide pour un vaste plan d’investissement pour rénover les établissements, renforcer les équipes, et intégrer les enjeux climatiques dans les politiques de santé. Elle souligne que les enjeux environnementaux sont indissociables des questions sociales et appelle à une véritable politique publique d’anticipation.
Source : CGT
