Comment les microplastiques des emballages alimentaires finissent dans les champs. et dans nos assiettes

Comment les microplastiques des emballages alimentaires finissent dans les champs. et dans nos assiettes

Cette enquête a été réalisée par le média d’investigation breton Splann!


À Saint-Nicolas-du-Tertre (Morbihan), le Gaec des Friches, avec ses 300 vaches laitières et ses 3 hectares de serres, ressemble davantage à un complexe agro-industriel qu’à une petite ferme laitière. Depuis 2020, un déconditionneur sur le site traite 30 000 tonnes de biodéchets par an, comprenant des briques de lait non vendues, des pizzas mal étiquetées et des yaourts périmés.

Cependant, cette activité pose un problème majeur : la contamination par les microplastiques. Selon un rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe) publié en octobre 2024, les déchets issus des déconditionneurs contiennent en moyenne 29 à 37 fois plus de microplastiques, des particules mesurant moins de 5 mm, que les digestats agricoles classiques. Ces résidus de méthanisation peuvent être utilisés comme engrais et épandus dans les champs, ce qui soulève des inquiétudes sur la qualité des sols et la sécurité alimentaire.

Dominique Monneraye, gérant de l’exploitation, a fait installer une machine pour filtrer les morceaux de plastique de 2 à 3 mm. Toutefois, il admet que des particules plus petites, inférieures à 0,5 mm, peuvent encore passer, ce qui pose la question de la sécurité de ces pratiques.

Le microbiologiste Patrick Dabert souligne que les microplastiques les plus petits sont particulièrement préoccupants car ils peuvent être absorbés par la faune et les plantes. Une étude de 2023 de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement révèle que trois quarts des sols français sont contaminés par des microplastiques, dont 70 % ment moins de 2 mm. L’apport de matières organiques fertilisantes est identifié comme une source de cette pollution.

Les implications pour la santé publique sont également alarmantes. Un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques indique que les microplastiques sont présents dans tous les organes humains et peuvent être liés à des problèmes de santé tels que des cancers, des altérations de la fonction pulmonaire et des risques cardiovasculaires.

En dépit des risques, la réglementation actuelle ne prend pas en compte les microplastiques de moins de 2 mm dans les fertilisants, permettant ainsi leur épandage sans restriction. Cela pourrait avoir des conséquences à long terme sur les sols agricoles et, par extension, sur la chaîne alimentaire.

Depuis la loi antigaspillage pour une économie circulaire de 2020, les biodéchets doivent être triés à la source. En Bretagne, 65 % des 385 000 tonnes de déchets alimentaires proviennent de l’agro-industrie. Bien que des projets de déconditionnement se développent, l’Ademe a suspendu les aides aux déconditionneurs en raison des problèmes de contamination, indiquant la nécessité d’une évaluation plus rigoureuse de ces pratiques.


Source : Splann!

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