Canicule : Dans les logements sociaux, on cuit dans l’indifférence
Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), reportage
Depuis quelques jours, chaque matin, Michelle Audrin, retraitée de 67 ans, se livre à un rituel quotidien pour contrer la chaleur. Elle commence par pulvériser d’eau son balcon, puis ouvre grand sa fenêtre. À partir de midi, lorsque le soleil tape sur les vitres, elle referme tout et tire les rideaux occultants. En fin de journée, elle allume un rafraîchisseur d’air dans son salon, qu’elle alimente toutes les demi-heures avec des glaçons. La nuit, elle emporte l’appareil dans sa chambre.
Cette année, Michelle doit suivre ce rituel plus tôt que d’habitude, alors que l’été n’a même pas encore commencé. Le 25 mai, un record historique de chaleur a été battu en France, avec 32 °C à Aubervilliers et 28 °C dans son appartement, qui ne dispose ni de volets ni de ventilation mécanique contrôlée (VMC). Son F5, situé au deuxième étage d’un immeuble en béton, est considéré comme une bouilloire thermique, un problème qui touche un logement sur trois en France.
Michelle Audrin a rejoint une action en justice contre l’État, avec quatorze autres personnes et associations, pour obliger le gouvernement à renforcer ses politiques d’adaptation au changement climatique.
Ni volets ni ventilation
« Vu les températures actuelles, je suis très inquiète pour cet été », confie Michelle. En 2025, la France a déjà connu 27 jours de chaleur extrême, faisant de cet été le troisième plus chaud jamais enregistré. D’ici 2050, les canicules pourraient être multipliées par deux en raison du dérèglement climatique.
La présidente du syndicat Locataires Ensemble, également préoccupée, indique qu’elle a adressé de nombreux courriers à son bailleur social pour améliorer l’isolation des immeubles. « Nous voulons que la façade ouest de l’immeuble soit réhabilitée et que tous les appartements soient équipés de volets et d’un système de ventilation », explique-t-elle. Malgré ces demandes, aucune amélioration n’est en vue.
Du côté de la ville, l’ancienne maire avait promis la rénovation de 504 logements de la cité, mais peu de réhabilitations ont été effectuées. La nouvelle municipalité a mis le projet en pause, laissant les résidents dans l’incertitude.
Action contre l’État
En juin 2025, Michelle a décidé de rejoindre l’action des « sinistrés climatiques » contre l’État. Les défenseurs des droits au logement dénoncent le manque d’action de l’État face à la crise climatique. Selon la Fondation pour le logement des défavorisés, 37 % des Français gagnant moins de 1 000 euros souffrent de la chaleur dans leur logement, contre 20 % pour ceux touchant plus de 2 500 euros.
« Ici, dans les logements sociaux, on cuit dans l’indifférence, on se sent complètement abandonnés », déclare Michelle, visiblement affectée par la situation. Elle se prépare à interpeller le nouveau maire d’Aubervilliers ainsi que ceux de Pantin et du 19e arrondissement de Paris pour discuter des projets de rénovation énergétique et de la dégradation de la cité Cochennec.
Une cité délaissée
Depuis 2020, la situation s’est détériorée dans la cité, autrefois considérée comme la plus verte d’Aubervilliers. Les voitures se garent sur les pelouses, les déchets s’accumulent et les infrastructures de tri sélectif sont absentes. En bas de chez elle, un rat mort gît devant les poubelles, symbolisant le déclin de l’environnement de vie.
La chaleur, accentuée par l’abandon des lieux, rend la vie quotidienne de plus en plus difficile pour les résidents. La baisse des températures n’est pas attendue avant plusieurs jours, intensifiant les inquiétudes pour les mois à venir.
Source : Reporterre