Les banques centrales indépendantes prennent plus de risques, et non moins

Les banques centrales indépendantes prennent plus de risques, et non moins

1er juillet 2026

Les récentes analyses révèlent que les banques centrales jouissant d’une plus grande indépendance prennent davantage de risques financiers, contredisant la théorie de la « domination budgétaire ». Ce phénomène est particulièrement marqué lorsque la politique budgétaire se resserre, permettant à ces institutions d’utiliser leurs bilans pour atteindre leurs objectifs, indépendamment des conséquences sur leurs bénéfices.

La Réserve fédérale et la Banque centrale européenne, parmi d’autres, ont enregistré des pertes financières significatives ces dernières années, conséquence d’une hausse rapide des taux d’intérêt. Ce déclin de rentabilité a relancé le débat sur l’impact de l’augmentation des bilans des banques centrales sur leur exposition au risque financier. Certains experts estiment que cette prise de risque accrue pourrait menacer l’indépendance institutionnelle essentielle à une politique monétaire efficace.

Une étude récente a examiné les bilans de 18 banques centrales d’économies avancées sur deux décennies, mettant en lumière le fait que les banques centrales plus indépendantes augmentent leurs positions de risque, surtout en période de politique budgétaire restrictive.

Mer le risque avant qu’il ne se concrétise

Contrairement à la majorité des études qui évaluent la rentabilité des banques centrales a posteriori, cette recherche se concentre sur le risque que ces institutions choisissent de prendre avant que les résultats ne soient connus. En appliquant le cadre de la valeur à risque (VaR) à des données collectées manuellement, les chercheurs ont pu quantifier les pertes potentielles sur un horizon d’un an pour ces banques.

L’échantillon, couvrant la période de 1995 à 2016, inclut plus de 330 états financiers. Les résultats montrent que le risque moyen associé aux bilans des banques centrales est passé de moins de 1 % du PIB dans les années 1990 à environ 3 % à la fin de la période étudiée.

Facteurs économiques et institutionnels de la prise de risque

L’augmentation du risque est attribuée à plusieurs facteurs, notamment la tendance des banques centrales à élargir leur bilan lorsque les taux d’intérêt se rapprochent de leur limite inférieure. Une réduction du taux directeur de 5 % à zéro pourrait plus que doubler la prise de risque estimée, passant d’environ 0,8 % à 2 % du PIB.

De plus, les banques centrales prennent davantage de risques en période de politique budgétaire restrictive, suggérant une substitution entre les politiques monétaire et budgétaire pour asr la stabilisation macroéconomique. Ce constat remet en question l’hypothèse selon laquelle les gouvernements exerceraient des pressions sur les banques centrales pour adopter des politiques monétaires plus accommodantes.

Implications pour le débat actuel

Ces résultats soulignent que les pertes financières observées ne sont pas le fruit d’une imprudence, mais d’une réponse systématique aux conditions macroéconomiques. L’indépendance des banques centrales leur a permis de réagir de manière appropriée, en utilisant leur bilan comme un outil de politique monétaire.

Ainsi, accepter des niveaux de risques financiers plus élevés pourrait être nécessaire pour permettre aux banques centrales de remplir leur mandat, même dans des contextes économiques difficiles.

Source : Bartels et al. (2026), CEPR Discussion Paper 21570.

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