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Canicule et loi agricole : Les « assoiffeurs » profitent des crises pour renforcer leur mainmise sur l’eau

La France traverse une période de canicule sans précédent, avec plus de 80 départements placés en vigilance sécheresse. Alors que les températures atteignent des sommets historiques, les discussions sur l’accès à l’eau prennent une tournure politique. Depuis le 29 juin, les sénateurs examinent une loi agricole, dénommée « urgence agricole » (LUA), qui pourrait aggraver la vulnérabilité du pays face à la sécheresse.

Cette législation reprend en partie les demandes de la FNSEA, le syndicat agricole productiviste. Des amendements ont été proposés pour affaiblir la protection des zones humides et placer les agences de l’eau sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Ces mes pourraient renforcer la domination des acteurs de l’agriculture industrielle sur les ressources en eau.

Un habitant d’Auvergne, affecté par le tarissement de ses sources, a exprimé : « Nous ne sommes pas en sécheresse, nous sommes asséchés. » Le 21 juin, les députés avaient déjà validé la simplification des règles de stockage et d’irrigation agricole, donnant aux préfets le pouvoir de contourner les décisions démocratiques au niveau des bassins versants.

55 °C dans les sols voisins d’un projet de bassine

Des études montrent que ces « retenues de substitution » dégradent la capacité des milieux à stocker de l’eau, une fonction essentielle face aux fortes chaleurs. Des hydrologues, dont Florence Habets et Magalie Regesa-Zitt, décrivent ces bassines comme une « maladaptation » au changement climatique. Un récent rapport du collectif Bassines Non Merci a enregistré des températures atteignant 55 °C dans les sols proches d’un projet de bassine, en raison d’un déficit de couverture végétale.

En France, l’agriculture consomme en moyenne 58 % de l’eau douce, avec des pics atteignant 80 % en été. L’irrigation représente 92 % de l’eau agricole, bien que seulement 7 % des surfaces agricoles soient irriguées. Ces pratiques intensives se concentrent principalement sur la culture du maïs, dont une faible proportion est destinée à l’alimentation humaine.

Un modèle agricole intensif en eau

Les bassines ne sont pas de simples réserves d’eau ; elles entraînent une augmentation des prélèvements et enferment l’agriculture dans un modèle intensif. Plusieurs études soulignent un « effet réservoir » qui empêche la transition vers des pratiques agricoles plus durables. De nombreux agriculteurs, notamment autour de Sainte-Soline, se retrouvent dans l’incapacité d’irriguer leurs cultures en raison des hausses de prix de l’eau.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a été critiquée pour avoir supprimé le terme « sobriété » lors des débats sur la LUA. Ce choix soulève des questions sur la priorisation de l’économie par rapport à la durabilité des ressources en eau.

En conclusion, alors que la France fait face à une crise climatique de plus en plus pressante, les décisions politiques actuelles semblent favoriser les intérêts de l’agriculture intensive au détriment de la gestion durable des ressources en eau. Ces « assoiffeurs » profitent des crises pour renforcer leur contrôle sur ce bien commun, souvent perçu comme un simple carburant économique.

Source : Fabien Benoit et Nicolas Celnik, « Les Assoiffeurs : Enquête sur ces entreprises qui s’accaparent notre eau » (Les Liens qui Libèrent, 2026).

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