Du traumatisme infantile au trouble psychologique ? Pourquoi ce n’est pas automatique – L'Express

Du traumatisme infantile au trouble psychologique : pourquoi ce n’est pas automatique

L’idée selon laquelle chaque trouble mental découle d’un traumatisme vécu durant l’enfance est un lieu commun en psychologie. Ce postulat, fortement influencé par la psychanalyse, est souvent considéré comme une explication évidente des troubles mentaux dans les médias et parmi certains professionnels.

Cependant, des données statistiques montrent que cette corrélation est plus complexe qu’il n’y paraît. Selon le World Mental Health Survey, plus de 70 % des adultes dans 24 pays rapportent avoir subi au moins un traumatisme durant leur enfance. Pourtant, seulement 6 % d’entre eux développeront un trouble de stress post-traumatique, et beaucoup n’auront jamais de troubles mentaux. Ainsi, la maltraitance infantile est associée à une augmentation de 20 à 30 % du risque de troubles psychologiques, tandis que la séparation des parents augmente ce risque de 10 à 25 %. Ces chiffres indiquent qu’il n’existe pas de lien systématique entre traumatisme et troubles psychologiques.

Il est également noté que lorsque des individus souffrant de troubles psychologiques consultent un professionnel, 70 % d’entre eux rapportent des traumatismes d’enfance. Cela incite à relier ces événements à leurs troubles, bien que la simple coexistence ne prouve pas une relation causale.

Des facteurs confondants, tels que des traits de personnalité ou des conditions socio-économiques, peuvent influencer à la fois la probabilité de subir un traumatisme et celle de développer un trouble psychologique. Par exemple, les enfants présentant des troubles neurodéveloppementaux sont plus susceptibles de connaître des maltraitances et de développer des troubles mentaux. De plus, les parents maltraitants peuvent eux-mêmes souffrir de troubles mentaux ou d’addictions, ce qui peut également être transmis génétiquement à leurs enfants.

Pour mieux comprendre ces dynamiques, il est nécessaire d’examiner les facteurs sociaux et génétiques en parallèle. Des recherches récentes indiquent que l’effet causal de certains traumatismes, comme la séparation des parents, sur le développement de troubles externalisés est nul. En revanche, l’impact de la maltraitance sur les symptômes psychologiques est réel, mais ce risque est réduit de moitié lorsqu’on prend en compte les prédispositions génétiques.

Enfin, Prévenir les traumatismes infantiles et soigner les victimes est essentiel, sans pour autant exagérer les conséquences à long terme de ces événements.

Source : L’Express, Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’École normale supérieure (Paris).

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