Face à l’effondrement des cours du cacao, un nouveau prix équitable pour les producteurs s’impose
Il y a quelques mois encore, certains annonçaient la fin du commerce équitable : avec des cours du cacao à 10 000 USD la tonne, un prix plancher semblait superflu. L’effondrement brutal des marchés début 2026 a dissipé cette illusion. Il rappelle une réalité que les producteurs connaissent bien : le marché ne protège pas. Face à ce retournement, AVSF et ETHIQUABLE proposent un nouveau cadre de prix équitable de 5 000 €/T à l’export, fondé sur les réalités économiques du terrain. Un niveau qui as un revenu vital, finance la transition agroécologique et pérennise les filières bio et équitables.
Après une envolée spectaculaire des cours du cacao : retour à la case départ
Les cours mondiaux du cacao ont connu une chute spectaculaire : après avoir oscillé entre 8 000 et 10 000 USD la tonne en 2024 et 2025, ils ont reculé jusqu’à 2 900 USD la tonne début mars 2026. Selon de nombreux observateurs, la crise climatique, qui aggrave les dysfonctionnements des systèmes de production, devait rendre impossible à court terme un retour aux niveaux de production mondiaux d’avant la flambée. Par ailleurs, les restrictions d’accès au marché européen, renforcées par l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation contre la déforestation importée (RDUE), devaient aussi contribuer à maintenir des prix élevés.
Certains considéraient que le commerce équitable, basé sur un prix plancher, destiné à garantir un revenu décent aux cacaoculteurs, perdrait de sa raison d’être. Les cours mondiaux durablement élevés devaient garantir une rémunération avantageuse aux producteurs.
Or, l’effondrement récent des cours du cacao rappelle une réalité persistante : le marché du cacao reste soumis à une logique cyclique, marquée par des envolées spectaculaires des cours mondiaux suivies de chutes brutales. Ces mouvements, bien que liés à des déséquilibres réels de l’offre et de la demande, sont amplifiés par la spéculation boursière. Au final, dans un système asymétrique où quelques géants du chocolat dominent face à une multitude de petits producteurs, la rémunération de ces derniers reste systématiquement la variable d’ajustement.
Pourquoi un tel revirement sur le marché du cacao ? Deux dynamiques à l’œuvre
D’un côté, l’offre s’est redressée : stimulés par des prix historiquement élevés, les producteurs ont intensifié les soins apportés à leurs cacaoyères. Résultat : les récoltes ont été satisfaisantes, y compris en Afrique de l’Ouest, où les conditions climatiques de la dernière saison ont été plutôt favorables.
De l’autre, la demande s’est effondrée : le broyage, indicateur clé de la consommation industrielle, a reculé en Europe de -8,3 % sur un an au dernier trimestre 2025. Les industriels ont réduit les taux de beurre et de pâte de cacao, substitué d’autres ingrédients et reformulé leurs recettes. Seul le chocolat de qualité et de spécialité tire son épingle du jeu : les ventes de tablettes bio ont continué de progresser en France malgré la hausse des prix.
Résultat : retour à la situation d’avant la flambée. Compte tenu de l’inflation, l’effondrement du prix autour de 3 000 USD/T équivaut en réalité à la moyenne de 2 500 USD enregistrée entre 2017 et 2023. Les revenus des producteurs retomberont largement en dessous du seuil décent, avec les conséquences habituelles : pauvreté des producteurs, recours accru au travail des enfants, accélération de la déforestation et dégradation des sols.
Une telle situation pourrait perdurer, voire s’accentuer, à moyen terme. D’ici deux à trois ans, les nouvelles cacaoyères plantées depuis 2024, encouragées par la flambée des prix, entreront en production, accroissant encore l’offre sur un marché déjà déprimé.
Quel prix du cacao aujourd’hui pour une filière équitable et durable ?
En 2022, avant la flambée, les modèles économiques situaient le Living Income Reference Price (LIRP), le prix permettant un revenu décent au niveau de la coopérative à l’export, entre 4 000 et 4 500 USD/T. Aujourd’hui, la mise à jour des calculs, considérant les contextes des différentes coopératives partenaires, amène à redéfinir ce seuil à 5 000 €/T (6 000 USD/T). Ce montant doit constituer le prix plancher d’un cacao effectivement équitable et durable, indispensable pour :
- Asr un revenu décent aux producteurs
- Financer la transition écologique et la production durable
- Pérenniser les services des coopératives et le fonctionnement de la certification bio
Comment calcule-t-on un prix garantissant un revenu décent ?
Le Living Income est le montant qui permet à une famille de six personnes de couvrir l’ensemble de ses besoins fondamentaux : alimentation, santé, vêtements, transports, logement et éducation. Il doit également couvrir le coût de pratiques de production durable.
Aujourd’hui, de nombreux acteurs du secteur du cacao, entreprises, ONG ou labels de commerce équitable, réalisent ces analyses et publient leurs résultats. Les paramètres et les méthodes de calcul peuvent différer. L’ONG AVSF et ETHIQUABLE, de leur côté, relèvent régulièrement les données de terrain pour construire des modèles économiques fidèles aux réalités locales.
Pourquoi un Living Income Référence Price plus élevé ?
Plusieurs facteurs contribuent à cette augmentation, notamment :
Surfaces cultivées et rendements : Les calculs s’appuient sur les systèmes de production réels observés chez les partenaires, caractérisés par de petites surfaces et des rendements limités.
Hausse des coûts de la main-d’œuvre journalière : La rémunération de la main-d’œuvre rurale a fortement augmenté, en lien direct avec la hausse des cours du cacao.
Réévaluation des niveaux de revenu décent : L’inflation récente a alourdi le coût de la vie, nécessitant une actualisation des revenus vitaux.
Coût des services des coopératives : Les calculs intègrent un surprix de 1 250 à 1 500 USD/T pour couvrir les coûts de fonctionnement des coopératives.
Ce niveau de Living Income Reference Price est-il réaliste ?
Un LIRT à 5000 €/T (6000 USD/T) est-il acceptable pour le marché ? Les grandes entreprises du cacao devraient prochainement se prononcer sur les seuils qu’elles utiliseront, notamment dans le cadre de leurs engagements envers la directive européenne CRD3D. La référence la plus visible reste Fairtrade, qui a récemment actualisé son prix minimum garanti à 4 250 USD/T, primes bio et équitables comprises.
Nos calculs aboutissent à un résultat supérieur à celui de Fairtrade, mais la proposition de 6 000 USD/T est jugée acceptable et justifiée, en tenant compte des réalités du marché.
Source : AVSF et ETHIQUABLE
