« Nous avons cru, à tort, qu’il suffisait d’introduire l’IA » : Ford fait machine arrière et réengage plus de 300 employés

Ford fait machine arrière et réengage plus de 300 employés : l’IA ne remplace pas le savoir-faire humain

Trop loin, trop vite ? Après avoir misé massivement sur l’intelligence artificielle pour améliorer la qualité de ses véhicules, le constructeur américain Ford a dû rappeler des centaines d’ingénieurs expérimentés, reconnaissant que l’IA ne pouvait pas remplacer des décennies de savoir-faire humain.

Selon Bloomberg, l’entreprise a ainsi recruté ou réintégré, au cours des trois dernières années, près de 350 spécialistes chevronnés, surnommés en interne les « gray beards » (« les barbes grises »). Les erreurs de l’intelligence artificielle étaient trop nombreuses, ont constaté les équipes de Ford. Leur mission consistera à traquer les défauts potentiels avant même que les pièces n’arrivent sur les chaînes de production, ainsi qu’à transmettre leur expertise aux systèmes d’intelligence artificielle.

Kumar Galhotra, directeur des opérations du groupe, a reconnu que « nous nous reposions de plus en plus sur des systèmes automatisés de contrôle qualité sans obtenir les résultats espérés ».

L’expérience a servi de leçon au constructeur de Detroit. Charles Poon, vice-président chargé de l’ingénierie des véhicules, a expliqué que « l’intelligence artificielle est un outil formidable, mais elle n’est efficace qu’à la hauteur des données et des connaissances qui la nourrissent. Nous n’avons pas suffisamment valorisé l’expérience de nos ingénieurs les plus aguerris. Nous avons cru, à tort, qu’il suffisait d’introduire l’IA et d’y injecter nos exigences de conception pour obtenir automatiquement des produits de grande qualité. »

Selon Ford, une partie du problème provenait du départ à la retraite ou du remplacement de nombreux techniciens expérimentés avant que leur savoir empirique ne puisse être intégré aux outils d’apprentissage automatique. L’entreprise a donc inversé sa stratégie : libérés des contraintes quotidiennes de production, ces vétérans effectuent désormais des revues techniques hebdomadaires obligatoires et jouent le rôle d’auditeurs internes.

Le revirement semble porter ses fruits. Ford s’est hissé en tête de l’étude 2026 de J.D. Power sur la qualité initiale des véhicules neufs, une première pour la marque depuis 2010. Sept de ses dix modèles les plus vendus figurent désormais parmi les trois meilleurs de leur segment.

Pour autant, le constructeur ne renonce pas à l’intelligence artificielle. Il entend désormais l’utiliser comme un outil d’assistance plutôt que comme un substitut à l’expertise humaine.

Cette remise en question fait écho à d’autres entreprises séduites par les promesses de l’IA générative avant de revenir à davantage d’interactions humaines. Le groupe de paiement Klarna, qui vantait encore récemment les gains de productivité de ses assistants virtuels, a lui aussi réinvesti dans le service client traditionnel, estimant que la rapidité offerte par les machines ne remplaçait ni l’empathie ni le jugement humain.

Source : Bloomberg

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