L’IA s’impose chez les enfants : l’UNICEF réclame davantage de protections

L’IA s’impose chez les enfants : l’UNICEF réclame davantage de protections

Le premier réflexe de millions d’enfants face à des questions sur leurs devoirs ou des préoccupations personnelles n’est plus systématiquement de se tourner vers un parent, un enseignant ou un moteur de recherche. De plus en plus souvent, ils s’adressent à des outils d’intelligence artificielle, et ce, à un rythme qui dépasse celui des adultes.

À l’approche du premier dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, qui se tiendra à Genève du 6 au 7 juillet, l’UNICEF tire la sonnette d’alarme. Une analyse de l’agence, fondée sur des données recueillies dans dix pays, révèle qu’au moins 20 millions d’enfants ont déjà utilisé une IA, avec une adoption plus de trois fois supérieure à celle des adultes. Cette dynamique contraste avec la lenteur des réglementations visant à encadrer ces technologies.

L’étude indique également qu’environ 13 millions d’enfants utilisent l’IA pour apprendre ou faire leurs devoirs. Plus de deux millions, soit un enfant sur dix parmi ceux interrogés, cherchent des conseils sur des problèmes personnels.

Cette évolution marque un changement significatif, car pour une partie de cette génération, l’IA devient un interlocuteur quotidien, capable d’expliquer, d’assister et d’apporter un soutien émotionnel.

« Une expérimentation à grande échelle »

L’UNICEF s’inquiète de ce basculement. Bien que les bénéfices de l’IA en matière d’apprentissage et de créativité soient souvent soulignés, les connaissances scientifiques sur ses effets à long terme sont encore limitées. Les impacts sur le développement cognitif, les relations affectives et l’exposition à divers risques commencent à peine à être étudiés. L’organisation souligne qu’une génération entière grandit dans un cadre d’expérimentation à grande échelle.

Les enfants ont peu de moyens pour comprendre ou contester les systèmes qu’ils utilisent. Le fonctionnement des algorithmes, les modèles économiques des plateformes et l’exploitation de leurs données personnelles échappent largement à leur contrôle. De ce fait, ils sont les premiers à subir les conséquences d’une gouvernance insuffisante, tout en étant ceux qui vivront le plus longtemps avec les décisions prises aujourd’hui.

Les enfants eux-mêmes voient les risques

L’étude révèle également que les jeunes utilisateurs sont conscients des dangers liés à l’utilisation de l’IA. Dans les dix pays étudiés, un tiers des enfants craignent que l’IA facilite les escroqueries ou la diffusion de fausses informations. Un quart redoute que leurs photos ou vidéos soient manipulées pour créer des « deepfakes ».

Ces inquiétudes mettent en lumière une réalité préoccupante : l’IA touche déjà des millions d’enfants alors que les mécanismes de protection sont largement insuffisants. À l’approche du dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA, l’UNICEF appelle les gouvernements et les entreprises technologiques à placer les droits de l’enfant au cœur des futures régulations internationales.

L’agence réclame également davantage de recherches sur les effets de l’IA sur le développement des enfants, un renforcement des législations contre les violences et l’exploitation sexuelles facilitées par ces technologies, ainsi qu’un investissement massif dans l’éducation numérique et les infrastructures pour éviter une fracture de l’IA entre les pays et au sein des sociétés.

« Il s’agit d’un moment décisif », a déclaré l’UNICEF. « Les choix que nous faisons aujourd’hui en matière d’IA auront une incidence sur la sécurité, la vie privée et le bien-être des enfants, ainsi que sur leur égalité d’accès aux opportunités dans les décennies à venir. »

(Source : UNICEF)

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