Pourquoi la croissance française a été meilleure qu’on ne le pensait
L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a récemment révélé une révision significative de son estimation de croissance pour 2023. Initialement prévue à 0,9 %, elle est désormais fixée à 1,6 %. Cette correction est la plus importante observée depuis 2003, et la prévision pour 2024 a également été ajustée, passant de 1,2 % à 1,5 %.
Cette révision soulève des questions sur les raisons de cet écart. Eric Heyer, directeur du département Analyse et prévision de l’Office français des conjonctures économiques (OFCE), souligne que les chocs causés par la pandémie et l’inflation ont rendu difficile la distinction entre augmentation des prix et augmentation des volumes. Les estimations de l’Insee, basées sur des tendances passées, se révèlent fragiles lors de tels événements atypiques.
Un des points marquants de cette révision concerne la valeur ajoutée manufacturière, qui a progressé de 7 % en 2023, alors qu’une hausse de seulement 2 % était anticipée. Gaston Vermersch, économiste à l’Insee, indique que de nombreuses entreprises ont réagi à la crise sanitaire en adaptant leurs chaînes d’approvisionnement pour réduire les coûts.
Certains secteurs, notamment l’aéronautique, ont également montré une résistance notable, avec une production soutenue par le carnet de commandes d’Airbus. Toutefois, il est important de rester prudent, car cette dynamique est principalement un effet de rattrapage post-crise.
La révision impacte également la question de la productivité, qui semblait en déclin malgré une augmentation de l’emploi. Avant révisions, la France accusait un retard de plus de 6 % par rapport à ses voisins européens. Avec l’ajustement du produit intérieur brut (PIB), la productivité remonte, réduisant ainsi l’écart avec les niveaux d’avant-Covid.
Les politiques de l’emploi mises en place après la pandémie, telles que les primes à l’embauche et le chômage partiel, ont permis de maintenir l’emploi malgré une activité faible. Cependant, le nombre d’apprentis, moins productifs, a doublé entre 2021 et 2024, ce qui a également contribué à la baisse de la productivité.
Malgré cela, un manque d’explication subsiste concernant la productivité, avec des prévisions indiquant un retard de plus de deux points par rapport à la tendance d’avant-crise pour 2025. Eric Heyer estime que des gains de productivité de 1,8 % par an depuis 2023 indiquent une phase de rattrapage.
Il est à noter que le retour des gains de productivité pourrait coïncider avec une augmentation du chômage, notamment dans des secteurs comme l’informatique, où la valeur ajoutée augmente mais l’emploi diminue. L’Insee prévoit ainsi une hausse du taux de chômage, qui pourrait passer de 8,1 % au premier trimestre 2026 à 8,4 % en fin d’année.
Les exportations continuent de soutenir l’activité économique, mais une baisse de la consommation est attendue cette année, avec une contraction du PIB de 0,1 % au premier trimestre 2026, marquant la première baisse depuis la crise sanitaire de 2020.
Les prochaines annonces de l’Insee seront scrutées, mais il serait imprudent de s’attendre à des surprises similaires dans un avenir proche.
Source : Insee
